Touche pas à ma région !
Mardi 03/02/2009 - Par Enric FARIGOULEOn savait que la droite parlementaire avait le chic pour se tirer une balle dans le pied en matière d’élections. On se souvient de ce fin stratège de Villepin et de sa dissolution ; on n’est pas prêt non plus d’oublier la dernière réforme du scrutin des Conseils Régionaux qui a apporté sur un plateau à la Gauche 20 régions sur 22.
Aussi, rien d’étonnant de voir l’UMP, désireuse de reconquérir ce niveau de pouvoir, se contorsionner pour inventer le mode de scrutin idéal. Edouard Baladur en comité, Jean François Copé en solo… que du beau linge, avec en « vedette marseillaise », l’ineffable Charles Pasqua (ancien ministre de l’intérieur et champion toutes catégories ès-jacobinisme) initiateur d’une proposition de loi sénatoriale en forme d’usine à gaz.
Qu’on en juge plutôt…
Un mode de scrutin à 2 vitesses : à la proportionnelle de liste dans les communes de plus de 30.000 habitants et au scrutin majoritaire en dessous de ce seuil. Pour ce faire il y aura forcément obligation de redécouper les cantons péri-urbains et certainement aussi les autres, puisque le Conseil Constitutionnel a indiqué que le nombre de sièges à pourvoir devrait dorénavant correspondre à la démographie. Ca n’est pas favorable à la Gauche, actuellement sur-représentée dans les zones rurales.
Effet induit : l’élimination des petites formations qui vont avoir des difficultés à se présenter dans tous ces super-cantons ruraux et qui devront également franchir au scrutin proportionnel une barre qui sera certainement fixée à 10 %. Ca, c’est pour glisser subrepticement vers un bi-partisme à l’américaine…
Autre effet, les nouvelles assemblées territoriales vont devenir de véritables parlements puisque elles comprendront des centaines d’élus, car comme l’énonce le texte de loi, « la suppression de l’une ou l’autre collectivité n’est pas, évidemment, envisageable ». Sous prétexte de simplifier on continue d’empiler le mille-feuille…
Autre conséquence ubuesque : les conseillers généraux, désormais dénommés conseillers territoriaux, règleront par leurs délibérations les affaires départementales au chef-lieu du département et les affaires régionales au chef-lieu de région… c’est à dire le mardi à Carcassonne, le jeudi à Montpellier !!!
C’est tellement imprécis, confus, alambiqué qu’on dirait un texte rédigé par un étudiant en 1ère année de droit.
Mais où est la prise en compte identitaire dans tout ce fatras ? Car même si ça ne figure pas dans ce texte, on est en train de ressortir des tiroirs gouvernementaux un nouveau découpage des régions. Si l’on peut trouver logique d’accroitre la taille des régions françaises afin de les harmoniser aux grandes régions européennes (Catalogne, Piémont, Bavière…) quelques indiscrétions laissent à penser qu’on s’orienterait vers un découpage purement technocratique faisant fi de toute dimension ethno-culturelle. On entend parler d’une grande région de l’est dans laquelle serait diluée l’Alsace, quant au Languedoc-Roussillon il serait purement et simplement dépecé, le Gard et l’Hérault rejoignant la PACA, l’Aude et les Pyrénées Orientales s’orientant vers Midi-Pyrénées…Georges Frêche (Président de la région L-R) frise l’apoplexie… Provençaux, Bretons et Normands ont également du souci à se faire.
En fin de compte un projet carrément anti-identitaire qui n’a même pas l’excuse d’une plus grande efficacité et qui devrait se heurter à une forte mobilisation dans laquelle le Bloc Identitaire compte jouer un rôle de premier plan.
Enric Farigoule
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