La leçon de Triel-sur-Seine
Mercredi 22.10.2008 - Par Fabrice ROBERTVoici quelques jours, un certain nombre de sites d’extrême gauche (Bellacio, Indymedia, réseau RESF, etc.) ont diffusé largement un message alertant leurs partisans qu’une opération militante identitaire avait été menée, avec succès et discrètement, contre la présence de « gens du voyage » dans une petite commune des Yvelines du nom de Triel-sur-Seine.
Comme le précise l’auteur de l’article, « Les Identitaires se sont fait remarquer depuis plusieurs années par un activisme débridé (et il faut le reconnaître malheureusement assez efficace) notamment contre les rappeurs de Sniper (accusés d’être racistes, un comble !) ou encore contre le porte-parole des sans papiers Romain Binazon et le militant italien Cesare Battisti que les menaces et les violences psychologiques des fascistes ont poussé l’un et l’autre à l’exil. Leur méthode : harceler par téléphone et par mails leurs victimes : organisateurs de concerts de rap, municipalités, librairies qui soutenaient Cesare Battisti, militants sociaux, etc. » (…) « Mais là où la signature des Identitaires est reconnaissable, c’est dans la méthode utilisée et dans la formule employée. Une fois encore, ils appellent à harceler la mairie et la préfecture. Et puis surtout ils appellent à harceler « avec fermeté mais courtoisie » et concluent leur tract par : « nos armes : le téléphone, le fax, le courrier électronique » Et ces deux formules se retrouvent sur tous les tracts des Identitaires quand ils mènent ce type de manœuvres. Et ça a marché. Le maire et la préfecture ont cédé aux pressions de leur population chauffée à blanc par les racistes et les gens du voyage ont dû finir par plier bagage. »
Certes, les Identitaires ont bien mené une action à Triel-sur-Seine. Et celle-ci a rencontré le succès que l’on connaît aujourd’hui. Il n’était pas dans notre intention de communiquer sur cette victoire. Mais la « vigilance » d’un militant d’extrême gauche en a décidé autrement. Nous l’avons toujours dit. En tant qu’identitaires, nous refusons de sombrer dans une logique défaitiste (« tout est foutu ! », « il n’y a plus rien à faire !», etc.). Ceux qui adoptent cette attitude ont perdu d’avance. Nous pensons, au contraire, qu’il est possible d’adopter une démarche positive, de prendre en main son destin et de remporter de petites victoires qui sont autant de reconquêtes partielles de territoires et de libertés.
Face à ceux qui se plaignent constamment de la puissance des lobbies, nous répondons qu’il faut, nous aussi, construire nos propres réseaux d’influence pour faire entendre notre voix. Nous avons prouvé, à plusieurs reprises, que cette stratégie pouvait être payante.
Face à ceux qui dénoncent, au travers de discours incantatoires faciles et inutiles, la puissance du « Système », nous répondons qu’aucune puissance n’est infaillible, qu’aucune forteresse n’est imprenable. C’est le célèbre hacker Kevin Mitnik (celui-ci a notamment réussi à s’introduire dans le système informatique du Pentagone) qui explique dans un de ses ouvrages que l’élément humain reste la clé d’une intrusion planifiée. Ceci peut s’appliquer également dans le cadre d’opérations militantes ciblées. Ainsi, par exemple, une mairie qui subventionnerait un concert avec des groupes de rap anti-français peut se retrouver destabilisée par une action bien organisée. Derrière l’institution, il y a des hommes (et des femmes), un contexte local, des enjeux électoraux et la nécessaire prise en compte de l’opinion publique. Face à l’afflux des courriels et des appels téléphoniques, les personnes chargés de répondre aux demandes d’explication des militants se retrouvent parfois vite submergées et désorientées. Le « Système » peut alors vaciller à tout moment car des hommes et des femmes vont devoir prendre une décision devant l’ampleur de la mobilisation.
Les militants identitaires doivent donc se représenter en quelque sorte comme des hackers de la rue (et de l’action de terrain) à l’image de ceux qui agissent sur les réseaux informatiques (mais tout en n’utilisant que des moyens légaux). Face à une forteresse soi-disant imprenable, la question doit être la suivante : comment agir efficacement pour faire passer son message, détecter la faille et toucher les personnes qui pourraient influer sur la décision finale ?
Enfin, cette action démontre à nouveau que l’engagement militant ne doit pas se limiter au champ électoral. Et qu’avant de se focaliser sur l’élection présidentielle, il vaudrait mieux diversifier les formes d’action, constituer des réseaux d’opinions et agir constamment sur le terrain pour le bien de son peuple. À ce sujet, l’action de Triel-sur-Seine ne doit pas être considérée comme une manipulation de l’opinion comme le suggèrent les réseaux d’extrême gauche. Cette action a répondu à une véritable attente des habitants de Triel-sur-Seine qui étaient exaspérés par la présence prolongée des « gens du voyage » dans leur commune.
Les Identitaires ont simplement mis en adéquation leur vision politique avec celles et ceux qui, sans être identitaires, attendaient une riposte efficace face à une situation qui se dégradait jour après jour. C’est en multipliant ce type d’actions, sans tambours ni trompettes, que nous pourrons apparaître comme une véritable alternative.



