Notre maison
Mercredi 02.07.2008 - Par Philippe VARDONIl y a un peu plus de 4 ans, en avril 2004, ouvrait à Nice le premier local identitaire.
Dès le début, ce lieu fut envisagé non pas comme une permanence politique au sens habituel du terme, mais bien comme une maison, une Maioun en nissart. Nous voulions renouer avec la tradition ancestrale du foyer, c’est-à-dire du feu autour duquel l’on se retrouve, on échange. C’est dans le foyer, la maison, que les plus jeunes apprennent au contact des anciens, que la solidarité naturelle devient fraternité, que le groupe devient fratrie.
L’objectif était alors clairement de donner un toit à notre communauté militante naissante.
Mais cette maison, tout autant que nous ne la voulions pas « strictement politique » nous ne la voulions pas fermée. Bien au contraire, notre maison devait être notre vitrine et nous permettre de rayonner sur le quartier.
Ainsi, ce n’est pas un hasard si ce local nous l’avons choisi en rez-de-chaussée, donnant directement sur la rue, et avec une grande fenêtre permettant à chacun de voir ce qu’il s’y déroulait et une grande porte, qui fut bien rarement fermée.
De la même façon, nous avons choisi de nous implanter dans un quartier historique et populaire de Nice. Après l’ouverture de la Librairie du Paillon, l’ouverture de la Maioun constituait un deuxième acte concret de reconquête. Evidemment il ne s’agit pas ici de La Reconquête, mais de notre petite reconquête à nous, mur après mur. Pour paraphraser Guillaume Faye (en parlant de reconquête tiens), ça peut faire sourire, mais que savent faire les imbéciles sinon sourire et se soumettre ?
En tous cas moi la reconquête (avec une majuscule ou pas) à laquelle je crois c’est celle-ci. Car d’une librairie et un local en 2004, nous sommes aujourd’hui passés à plusieurs commerces tenus par des militants ou des sympathisants dans le quartier, tant et si bien que nous envisageons la création d’une association de commerçants et artisans. Plusieurs camarades se sont aussi installés avec leurs familles, et dans le même temps nous avons pris de l’influence auprès des jeunes blancs du quartier. Petit à petit, pour certains, le passage à la Maioun après les cours a remplacé le petit joint sur un banc. Et puis pour certains autres encore, ce « squatt » dans nos locaux est devenu un véritable engagement. Naturellement, au contact des autres.
La Maioun aura aussi permis de donner corps au combat culturel dont on parle tellement souvent sans envisager de quelle manière il peut être mené. En quatre ans, la Maioun a accueilli de nombreuses conférences (sur Blanqui, sur le Kosovo, sur la fondation de Rome, un cycle entier sur l’Histoire du Pays Niçois) dont plusieurs animées par des personnes extérieures à notre cercle militant et annoncées dans la presse locale, un ciné-club, des expositions (photos du Kosovo, photos d’Irlande, sabres japonais). La promotion d’une contre-culture musicale enracinée a aussi toujours été à l’ordre du jour avec des soirées pour la sortie des productions d’Alternative-s, des soirées pour la fête de la musique (les amplis posés devant le local et la foule débordant largement du trottoir), mais aussi les concerts de NIL, Skoll, Dr Merlin ou Matéu. Du côté des concerts, le meilleur souvenir restera certainement le concert en plein air sur la Place Arson réunissant Hôtel Stella, La Peggio Gioventu et le Dr Merlin. Un concert en plein cœur de la ville, annoncé à l’avance partout alors que la plupart du temps les concerts alternatifs sont réduits au cercle des intimes dans des lieux confidentiels. Il aura fallu l’aide précieuse des racailles de la Place Arson (qui se sont donc vues délogées…) et leurs deux tentatives d’incendie contre la Maioun (notre petite reconquête les gênant manifestement davantage que les grands projets de salon) pour que ce projet puisse voir le jour en seulement une semaine. Saluons aussi l’engagement des artistes qui sont tous venus se produire sans contrepartie financière.
Combat culturel, mais entraide sociale et communautaire aussi. La Maioun a proposé des initiations à internet aux personnes âgées, a organisé deux braderies, a aidé des jeunes à rédiger leurs CV, a donné un toit (au sens propre cette fois-ci !) à des jeunes en difficulté passagère, et a même accueilli la soupe populaire de Soulidarietà quand les autorités républicaines estimaient qu’il était impropre de distribuer de la soupe au porc aux SDF.
Sur le plan plus purement « politique » (au sens commun du terme, car tout ce qui a été évoqué auparavant est pour moi profondément politique), la Maioun a naturellement accompagné notre communauté dans les épreuves électorales de ces deux dernières années, accueillant les réunions de quartier, les conférences de presse. Et ces fameuses soirées électorales où nous avons vu tous les candidats défiler puisque la Maioun jouxte la mairie annexe hébergeant le service des élections ! Tous ont ainsi pu constater que chez nous le combat rime avec la joie.
Et puis enfin, nos fêtes interminables. Les anniversaires, les Saint Patrick, les « afters », les premières expériences derrière les platines pour certains DJ’s désormais réputés dans les clubs locaux, les couples qui se forment, les plus jeunes qui grandissent.
Notre expérience n’est désormais plus unique et il existe la formidable Vlaams Huis en terre flamande, ou encore le Local à Paris. Je suis en tous cas persuadé que l’on ne construit que sur du dur, du solide, de la pierre ou du béton. Et malgré toutes les difficultés (humaines, financières) que représente la gestion d’un local j’appelle farouchement de mes vœux la création de dix, cent, mille maisons identitaires. Pour que demain il existe des quartiers, puis des villes, et – enfin - des zones libres.
Je boucle cet édito quelques heures seulement après avoir terminé le déménagement et le nettoyage de ces 50 m2 qui resteront un peu un sanctuaire pour une – voire plusieurs – générations de militants identitaires niçois. D’autres murs nous attendent désormais mais c’est déjà une autre histoire…
La Maioun est morte, vive la Maioun !
Philippe Vardon
PS : Un merci sincère à tous ceux qui ont permis – des travaux jusqu’au déménagement – que la Maioun existe.



