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Mai 68 : la chienlit des enfants de notaires

Mercredi 21.05.2008 - Par Enric FARIGOULE

Pourquoi cette commémoration des évènements de mai 68 prend-elle en 2008 tant d’éclat ? Dixième anniversaire, cinquantième anniversaire, je veux bien… mais quarantième à quoi ça rime ? Ca me fait un peu penser à un pot de départ à la retraite de ces « révolutionnaires » ventripotents et aux crânes dégarnis qui ont aujourd’hui 60 ans. Qu’on me comprenne bien, quand je parle de « révolutionnaires » c’est par dérision, car pour ceux qui l’ont vécu, mai 68, fut tout, sauf une révolution…monôme étudiant, happening, chienlit mais pas révolution. D’ailleurs la meilleure preuve, c’est qu’en un mois, il n’y eut aucun mort, aucun transfert de pouvoir et que contrairement à d’autres pays européens (Allemagne, Italie…) aucun mouvement terroriste n’en assura la succession (1).

Il est bon de rappeler que « mai 68 » ne fut pas une création franco-française et que, depuis 1964, date du début de l’engagement américain au Vietnam un fort mouvement de contestation qui prit naissance à l’université de Berkeley (USA) se développait dans la jeunesse mondiale. C’est sur ce terreau que prospéra, ce qu’on appelle de façon réductrice, « l’agitation gauchiste » qui éclata violemment en ce début d’année 68 au Japon (les Zengakuren), en Espagne, en Italie, en Grande Bretagne, en Allemagne (le SDS) (2)… Le tout alimenté par l’Union Soviétique - toujours en pointe dans la manipulation des mouvements pacifistes - et qui rêvait de prendre une revanche sur les USA suite au recul de Nikita Khrouchtchev (3), lors de la crise des missiles de Cuba.

Au milieu de ce mäelstrom, peu nombreux sont ceux qui savent quel a été (à son corps défendant) le déclencheur des évènements de mai 68. A cette époque, Roger Holeindre avait pris la tête de la croisade pour la défense du Sud-Vietnam, et j’avais même pris la parole à ses côtés lors d’une réunion de plus de 300 personnes dans le sud. Popeye s’était fait également la main quelques mois plus tôt devant le théâtre de l’Odéon à Paris, où juché sur les épaules d’un de ses paras, il tenta d’interrompre le déroulement de la pièce de Jean Genet « Les paravents », virulente charge contre le comportement de l’armée française en Algérie. Tout ceci pour dire que l’ambiance, tant au quartier latin que dans les universités, était assez chaude et je me souviens d’une descente à Nanterre où nous n’avions pas fait excellente figure. Or donc, ce 29 avril 1968, Roger Holeindre tenait avec une quinzaine de « natios » une exposition de son Front Uni de Soutien au Sud Vietnam, au 44 de la rue de Rennes. Roger, toujours égal à lui-même, bien droit dans ses rangers, n’avait pas cru bon de s’assurer un service d’ordre conséquent, si bien, qu’après qu’une centaine de maoïstes lourdement armés de barres de fer furent passés dans son local, on releva une quinzaine de blessés graves dont notre ami Roger, qui, après avoir survécu à l’enfer des rizières et des djebels avait bien failli passer à trépas sur le pavé parisien. A l’époque il n’était pas question de laisser passer une pareille offense et le Mouvement Occident décida donc de tenir meeting le 3 mai à la Faculté de Nanterre, qui depuis deux mois était devenue le terrain d’expérimentation des trois tendances gauchistes : les anarcho-libertaires du mouvement du 22 mars (Cohn-Bendit), les maoïstes (Geismar) et les trotskistes (Krivine). Le doyen Grappin (pas bête) profita de l’aubaine pour décréter la fermeture de la faculté et tout ce « beau » monde se dirigea en se conspuant mutuellement vers la Sorbonne qu’ils occupèrent séant. Le doyen Roche demanda alors à la police de faire évacuer les locaux. Il y eut des bagarres violentes et quelques centaines d’interpellations. Dans la soirée les heurts furent encore plus nombreux, les premières barricades érigées et quelques voitures incendiées (4). Mai 68 venait de commencer…

On a souvent accusé les américains - aussi bien à droite que chez les gaullistes - d’avoir déclenché mai 68. Dire qu’ils ont été mécontents de la tournure des évènements serait mentir. N’oublions pas qu’en 1964, De Gaulle avait reconnu la Chine communiste, qu’en 1966 il avait sorti la France du commandement militaire de l’OTAN et que, sur chaque continent, les discours du « Général » prenaient une connotation largement anti-américaine (discours de Cancun au Mexique, de Phnom-Penh au Cambodge, discours de Montréal au Québec…). Pour renforcer cette hypothèse il suffirait de rappeler la critique acerbe de De Gaulle du Système Monétaire International et de l’hégémonie du dollar (comme le souligne un excellent article du Choc du Mois consacré à Mai 68) (5). La rumeur d’un financement du Mouvement du 22 mars de Cohn-Bendit par la CIA, via une fondation américaine, revient de façon récurrente et comme l’on dit « il n’y a pas de fumée sans feu », surtout quand on met en perspective la suite de la carrière de Dany (ex) le rouge…

Mais au delà de ces péripéties Quels enseignements pour nous militants identitaires peut-on tirer de ces évènements ?

Premièrement : l’incompétence du personnel politique au plus haut niveau qui gère les affaires du pays. En plein milieu des évènements, De Gaulle est en voyage officiel en Roumanie et son Premier Ministre, Georges Pompidou est en Afghanistan ; Ils n’ont rien vu venir et un de leur ministre déclare même au mois de mars : « La France s’ennuie »… Dans la semaine précédant l’imposante manifestation des Champs Elysées, le ministre de l’Intérieur a déserté son bureau et demeure introuvable pendant quatre jours…. Le Général lui-même (sans prévenir son premier ministre) s’envole avec toute sa famille à bord de deux hélicoptères pour rejoindre le Général Massu (lequel le trouvera « très déprimé ») à Baden-Baden où il rencontrera un émissaire de l’ambassadeur d’URSS en Allemagne lequel, lui assurera que l’URSS allait transmettre des consignes de modérations au Parti Communiste et à la CGT. Dans une situation identique, peut-on vraiment penser, que Nicolas Sarkozy aurait une attitude plus virile que De Gaulle et Michèle Alliot-Marie que Christian Fouchet qui avait pourtant mené une répression anti-OAS féroce en Algérie ?

Deuxièmement : les insuffisances récurrentes de la droite nationale.
Quel était l’état des forces de la droite nationale à l’orée de ce mois de mai 68 ? La guerre d’Algérie s’était terminée il ya moins de six ans, de nombreux camarades étaient encore en prison pour cause d’OAS, le mouvement Jeune Nation avait été dissout et le résultat de l’éjection présidentielle de 1965 n’avait pas été à la hauteur des espérances des partisans de Jean Louis Tixier-Vignancour (un peu plus de 5% - ce que je trouvais plutôt encourageant pour l’époque). Dominique Venner et quelques autres avait créé Europe Action et la Fédération des Etudiants Nationalistes, deux mouvements étroitement imbriqués, fièrement européens et résolument débarrassés des scories d’un passé qui ne les concernait pas. Les hommes étant ce qu’ils sont, et les choses ce que nous savons - comme aurait dit De Gaulle- les uns, plus jeunes et plus romantiques créèrent le Mouvement Occident, les autres, plus intellos et adultes s’engagèrent dans la méta-politique sous la bannière du GRECE, juste quelques mois avant mai 68. Par le fait de cette division, il ne restait plus sur le terrain que quelques centaines de militants sans véritable encadrement, au sein d’un mouvement pour lequel l’anti-communisme tenait lieu de ligne politique et le manche de pioche de stratégie. Rétrospectivement on comprend mieux pourquoi, en mai 68, les « natios » furent un peu comme le bouchon sur la vague, n’arrivant jamais à peser véritablement sur le cours des évènements ni à regrouper plus de quelques centaines de manifestants hormis la manifestation dite du soldat inconnu du 10 mai et ce, grâce à l’appui de renforts venus du SAC. (6)
On n’a pas beaucoup progressé, puisque 34 ans plus tard, en mai 2002, face à la déferlante des gros bataillons de l’Education Nationale (enseignants et élèves confondus de la maternelle à l’université) le Front National, avec plus de 5 millions de voix n’arrivait pas à mobiliser plus de quelques milliers de manifestants.

Troisièmement : le pouvoir de récupération de la bourgeoisie.
Plus le mois de mai s’étirait, plus les membres d’Occident (pas tous) s’en allèrent jouer les supplétifs de la réaction, certains adhérèrent même au SAC et l’on retrouva la plupart des dirigeants - Devedjian, Madelin, Longuet, Alain Robert (7)- quelques années après, dans les divers cabinets ministériels de la V° république (8). Pour bons et loyaux services, en octobre de la même année, le gouvernement prononçait la dissolution d’Occident, usé et gênant.

De retour de Baden-Baden, le Général, suivi de peu par la cavalerie blindée, sifflait la fin de la récré, la CGT chassait à coups de clefs à molette les derniers gauchistes des usines, l’essence revenait dans les stations services, l’UDR (9) remportait haut la main les élections avec 60 % des voix plus 20% aux autres composantes de la droite républicaine, les enfants de notaires découvraient les bienfaits de la carte bleue et les vacances en Grèce.

Enric Farigoule

(1) On ne peut pas mettre Action Directe au même rang que la RAF en Allemagne ou les Brigades Rouges en Italie
(2) Je me souviens à cette époque d’une action à la faculté des lettres d’Aix en Provence où nous avions assiégé un des délégués allemand du célèbre agitateur Rudi Dutschke dit Rudi le Rouge.
(3) Secrétaire du Parti Communiste d’URSS -1er personnage de l’Etat
(4) Lors de la première véritable soirée d’émeute de 6 mai, il y eut en tout 200 véhicules incendiés soit moins qu’en une soirée chaude en banlieue de nos jours
(5) Dossier intitulé « Mai 68 vu de droite»
(6) Service d’Action Civique : organisation gaulliste de gros bras souvent présents à la rubrique des faits divers.
(7) Aucun rapport avec Fabrice Robert
(8) Situation identique à l’extrême gauche où l’on retrouve Serge July (ex-directeur du Journal Libération), Bernard Kouchner (ministre de Sarkozy), Alain Geismar (Inspecteur Général de l’EN), Philippe Barret (autre Inspecteur Général de l’EN) etc…
(9) Union de Défense de la République : parti qui soutenait l’action du Général De Gaulle

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