Proposer et construire
Mardi 08/04/2008 - Par Pierre CHATOVOn reproche fréquemment aux milieux contestataires et radicaux de se complaire dans la posture de la critique et de la dénonciation sans produire de contenu positif susceptible de remplacer ce qui est, souvent véhémentement, remis en cause. Cette analyse récurrente n'est pas dénuée de tout fondement. En effet, les mouvements radicaux se placent souvent dans la perspective des combats les plus urgents, dans la nécessité de l'action immédiatement réactive face aux dangers les plus évidents et les plus pressants. Ainsi, devant l'étendu des désastres modernes et la proximité des basculements cataclysmiques, ils cherchent souvent à « parer au plus pressé » en dénonçant les maux les plus visibles qui assassinent peu à peu peuples et nations et en combattant leurs symptômes les plus mortifères. Le meilleur exemple de ce positionnement d'urgence est sans doute aujourd'hui le combat contre l'immigration qui prend une place primordiale dans les préoccupations des militants identitaires.
Cette attitude non seulement n'est pas condamnable mais au contraire tout à fait digne et même absolument indispensable à condition qu'elle ne soit qu'une partie de l'action politique et non sa fin. Il est absolument nécessaire, pour gagner en crédibilité et représenter une véritable alternative, d'associer à cet activisme de l'urgence une réflexion approfondie et globale des enjeux du temps et de leurs causes profondes ainsi qu'un travail constant de propositions et de réalisations, même modestes, qui incarnent concrètement, charnellement, physiquement, visiblement la possibilité de l'existence « d'autre chose », d'une « autre voie », d'une autre « façon de vivre », d'un autre « rapport au monde ». Ce travail impérieux et essentiel doit être mené à tous les niveaux et dans tous les domaines. Il n'est pas aisé, aucune grande action ne l'est.
Le premier, et sans doute le principal, champ d'action de cet ouvrage est soi-même.
Nous ne sommes pas des saints et n'avons évidemment pas vocation à tenter d'en devenir mais nous avons par contre une obligation constante de « cohérence » et nos engagements ainsi que nos volontés proclamées doivent se traduire dans nos comportements quotidiens sous peine de passer, à raison, pour de futiles et inutiles discoureurs, si brillants et si justes que soient nos analyses et nos prises de position.
Si celui qui (et ils seront de plus en plus nombreux) est écoeuré par le matérialisme déifié et la laideur cosmopolite de la société moderne trouve dans nos rangs les mêmes attitudes (égoïsme, égocentrisme, prétention), le même langage (vulgarité, langue martyrisé et réduite à 50 mots), les mêmes facilités (mensonge, mythomanie, déresponsabilisation), les mêmes lâchetés (médisance, jalousie, refus des mérites de l'autre…) et les mêmes sales habitudes (drogue, infidélité, promiscuité sexuelle) que partout ailleurs, il ne fera qu'un bref passage et s'en retournera, persuadé que « décidément, tout est pourri et foutu », vers la déréliction et l'ennui dépressif moderne.
Quel sens réel et profond peut avoir, par exemple, la lutte contre les agissements des bandes ethniques si, entre pétards, musique MTV, look américanisé prescrit par la mode mercantile du moment et loisirs débilitants, on vit soi-même comme n'importe quelle racaille exotique de banlieue acculturée ?
La première réalisation militante c'est d'être soi-même la « proposition » d'un modèle clairement différent de celui dégueulé à jets continu par le système, c'est d'incarner au jour le jour un « exemple » (encore une fois « l'exemplarité » n'est pas la perfection, qui n'est pas de ce monde, ni l'absence de défauts ou de faiblesses, qui est une utopie, mais une « tension » permanente vers la cohérence et un effort continu vers l'amélioration personnelle).
Bien sûr, être un peu plus poli que la moyenne, un peu plus honnête, un peu plus généreux, un peu plus courtois et correct avec les jeunes filles, un peu plus dévoué, un peu plus hospitalier, un peu plus fidèle et croyant, un peu plus élégant, un peu plus serviable, un peu plus humble, un peu plus résistant à ces instincts... tout cela est moins flamboyant et romantique que les rêveries de « reconquista » baïonnettes au canon, les appels aussi fumeux que pompeux au « grand soir » et les rodomontades de fin de soirées dans les arrières salles de bistrot…
C'est pourtant certainement le premier et le plus important acte révolutionnaire. Celui qui produit le substrat humain sur lequel on peut solidement et durablement construire. La base indispensable à toutes les réalisations futures. Sans ce préalable, les actions menées comme les éventuelles victoires ne seront qu'éphémères et circonstancielles. Construites sur du sable…
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