Une société de défiance
Jeudi 20/03/2008 - Par Enric FARIGOULECe qui me marque chez les dirigeants identitaires, c’est qu’ils n’arrêtent jamais : le lendemain du 2ème tour, alors que le maire n’est pas encore dans son fauteuil, ils manifestent contre la mosquée, devant la mairie de Nice, ils organisent un diner-débat à Paris, ils inaugurent une maison de l’identité à Lille, ils rencontrent des conseillers régionaux, ils mettent sur pied de nouvelles stratégies…
Entre les deux tours, Fabrice Robert, commentant les résultats des élections, n’hésitait pas à revenir sur les fondamentaux: « Soyons clairs : nous pourrions demain accumuler les scores à 0,2 % nous n’en continuerions pas moins de lutter pour les nôtres. Car, pour nous, le combat n’est pas simplement électoral, il est total ». Convenons que ça tranche avec l’hypocrisie ambiante de la classe politique…
Et ceux qui s’imaginent qu’on peut briller dans une élection locale, avec une campagne de quinze jours, peuvent aller se rhabiller. Ils devraient avoir à l’esprit qu’un maire sortant est en campagne depuis 6 ans, à arpenter le terrain, à rencontrer ses administrés, à recevoir leurs doléances, à délivrer des permis de construire, à visiter les maisons de retraite, à octroyer des subventions... Ceux qui le savent n’ont donc pas été étonnés des succès de Jacques Bompard, infatigable militant qui arpente le terrain sans relâche depuis le début des années soixante. C’est la même démarche que je retrouve aujourd’hui chez Philippe Vardon qui recueillera un jour les fruits de son militantisme inventif si les petits sangliers ne le mangent pas…
Je ne vais pas analyser les résultats des élections municipales dans le détail. Je renverrai comme d’habitude aux analyses très pointues du site Polémia. Mais, je voudrais dégager des lignes de force qui me semblent déterminantes pour les combats à venir :
Premièrement : L’effondrement du Front National, à un point tel, qu’il n’apparaît même plus dans les comptes rendus et les analyses. Alors bien sûr, on nous objectera que le FN n’était pas présent partout, alors que c’est justement ce qu’on lui reproche. Si un parti à vocation exclusivement électoraliste n’est qu’en mesure de présenter seulement 80 listes dans 35 départements sur l’ensemble du pays, quelle est son utilité ? En trente cinq ans d’existence, le FN aura fait un tour complet sur lui-même, partant de 0,5% en 1973 pour aboutir à 0,92% en 2008. Et la ridicule mobilisation mariniste autour de sa dirigeante n’aura eu pour effet que de braquer les projecteurs sur cette déchéance. Plus grave encore, alors que la crise économico-financière mondiale semble se rapprocher à grands pas, le sabordage du FN, risque d’être catastrophique en terme de mobilisation de la mouvance.
Deuxième constat : Le taux record d’abstention – prés de 40 % – et la stagnation des scores UMP au second tour démontre que l’électorat populiste (du moins dans sa branche petit-bourgeois) qui avait voté Sarkozy aux présidentielles puis aux législatives est resté chez lui. L’ouverture à gauche et la discrimination positive chères à Sarko ont créé un effet boomerang comme le montre les scores calamiteux recueillis par les représentants des « minorités visibles » à l’enseigne de la ministre Rama Yade.
Troisième élément : La versatilité de l’électorat lequel, 10 mois après avoir laminé la gauche, lui redonne un brin de fraîcheur. Face à l’effondrement programmé de l’économie, une bonne partie des électeurs français sont prêts à se vendre au plus offrant et les déclarations de Sarkozy annonçant qu’il ne pouvait rien faire pour le pouvoir d’achat, puisque les caisses étaient vides, n’a pas été pour rien dans la défaite de l’UMP. Dans l’antiquité les porteurs de mauvaises nouvelles étaient souvent exécutés…
Ce dernier point me remet en mémoire un sondage (1) assez édifiant quant à l’état d’esprit de la société française. A la question : « En règle générale, pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres ou que l’on est jamais assez méfiant ? », seulement 22 % des français répondent qu’on peut faire confiance aux autres, plaçant la France au 24ème rang sur 25 (2) alors que dans le haut du tableau on trouve des pays comme la Norvège, la Finlande, la Suède, la Danemark, les Pays Bas, pays qui comme par hasard, sont ethniquement homogènes.
Dans le même sondage, 52 % des Français considèrent que « pour arriver au sommet il faut être corrompu » alors que cette part n’excède pas 20 % aux États-Unis, en Angleterre ou en Norvège.
En corollaire, la part de personnes qui déclarent « trouver justifiable d’accepter un pot-de-vin dans l’exercice de ses fonctions » est de 58 % plaçant la France au dernier rang de l’honnêteté derrière le Mexique. C’est le règne du bakchich généralisé…
The last but not the least : à la question : « trouvez vous justifiable de réclamer indûment des aides publiques ?»… de tous les peuples avancés les Français sont ceux qui trouvent le plus normal de voler l'Etat, c'est-à-dire leurs concitoyens, en obtenant des aides publiques indues. C’est la désagrégation du lien social, c’est la France de tous les records… avec 62 % de français qui trouvent cela normal.
…de là à penser qu’il y a un lien avec le caractère de plus en plus multi-ethnique de la société française…
Enric Farigoule
(1) « La Société de défiance » : Un livre de Yann Algan et de Pierre Cahuc
(2) Sondage réalisé dans les 25 premiers pays « évolués »
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