Racisme, football, et gros sous
Mercredi 27/02/2008 - Par Pierre GRAILLARDMême pour ceux d’entre vous qui ne suivent pas frénétiquement le championnat de France de football, un certain nombre de gros titres de journaux le concernant n’ont pas pu vous échapper.
Rappels des épisodes précédents :
Episode 1 - Boubacar Kébé avait été victime d'insultes à caractère raciste lors du match-aller opposant son équipe de Libourne-Saint-Seurin à Bastia, insultes auxquelles il avait répondu par un doigt d'honneur qui lui avait valu un carton rouge. La ligue avait finalement retiré un point à l’équipe de Bastia.
Episode 2 – Samedi dernier, à Metz, le joueur et capitaine de Valenciennes, Abdeslam Ouaddou, insulté par un supporter messin, était monté s'expliquer dans les tribunes, écopant d'un carton jaune. La ligue, le club de Metz ont porté plainte contre l’« insulteur » agent de sécurité de 38 ans.
Episode 3 – Dans la foulée, on apprend que les chauffeurs des cars des Boulogne Boys (supporters du PSG), n’ont pas voulu reprendre le volant après l’aller chaotique vers Marseille, et les insultes racistes qui visaient plusieurs chauffeurs de couleur.
Episode 4 – Bernard Laporte, secrétaire d’état au sport, demande que la ligue organise une journée contre le racisme ce week-end, avec des maillots « plus jamais ça », et menace de faire arrêter les matchs dès la moindre insulte raciste signaler à l’arbitre. (On imagine le sketche…)
Episode 5 – Frédéric Thiriez, président de la ligue de football, réclame que les interdictions de stades administratives (c'est-à-dire sans aucun jugement) passent de 3 mois à un an afin de nettoyer les stades des individus violents et racistes.
Episode 6 – Vendredi soir, avant le coup d'envoi du match retour entre Libourne Saint Seurin et Bastia pour le compte de la 25e journée de Ligue 2, les supporters du club corse ont déployé des banderoles insultant Boubacar Kébé. La première, affirmant: "On n'est pas racistes", a été suivie d'une autre sur laquelle on pouvait lire: "La preuve, on t'encule". Tout ça, en pleine journée contre le racisme…
Dur, dur d’être un footballeur qui gagne des milliers d’euros n’est-ce-pas [1]? Alors, pour avoir longtemps joué au foot, et longtemps traîné mes baskets dans les tribunes ; je vais me permettre quelques remarques à la volée…
Les insultes ? pas bien !… les racistes comme les autres, mais désolé de décevoir les cul-bénis de la ligue et des salons parisiens mais la violence verbale est présente partout et à tous les niveaux. Au plus haut niveau comme au plus bas, elles servent à mettre la pression, à déstabiliser, à énerver, bref à influencer un bon joueur pour qu’il joue mal. C’est le fait des supporters, mais aussi souvent des joueurs. Je me souviens de certaines vedettes comme ce brave JPP [2] qui dans chaque stade Français se faisait copieusement chambrer et insulter. Sa réponse ? le mépris voire parfois l’humour comme la fois où je l’ai vu baisser son short pour dévoiler ses fesses à une tribune qui le chambrait. Bref, si les insultes peuvent blesser, un professionnel se doit de rester calme car il est un exemple pour tous. Rappelons-nous qu’Eric Cantona, lors de son coup de pied sauté dans une tribune anglaise avait écopé de nombreux matchs de suspensions.
Parlons du bus des parisiens. Ceux qui ont un peu côtoyé le mouvement ultra le savent, l’ambiance dans un bus est démentielle. Alcool toujours, drogues souvent, chants parfois violents… c’est le lot de tous les déplacements. Ce n’est pas défendable mais c’est comme ça. C’est vrai pour tous les groupes ultras, pour ceux classés à droite comme pour ceux classés à gauche. Notons que la plupart des journaux ont oublié de préciser que le bus des parisiens avait été copieusement caillassés à Orange, préférant insister sur le soit disant caractère raciste des supporters. C’est assez « drôle » parce qu’à Metz le même week-end deux jeunes de 21 et 26 ans ont écopé de 3 mois de prison ferme pour avoir caillassé un bus de valenciennois [3] et blessé un môme de 9 ans, dont franchement je me demande bien ce qu’il faisait dans un bus de supporters en déplacement [4]. Ouf …les deux jeunes avaient « crâne rasé et blouson kaki » ce qui laisse supposer que c’étaient de méchants racistes violents. L’honneur est sauf. C’est aussi très drôle, de voir des groupes ultras qualifiés d’anti-racistes sombrer eux aussi dans la violence (Bordeaux, Marseille, etc)… Quoi ? La violence n’est pas réserver aux racistes ?
Alors forcément, quand on connaît un peu ce milieu, et qu’on a déjà expliqué cent fois, que les tribunes Françaises sont simplement un reflet de la société, on se marre franchement en lisant les réactions de Bernard Laporte. Le brave homme ferait bien mieux d’aller voir certaines tribunes espagnoles ou italiennes ou mieux, de retourner jouer avec son jambon Madrange.
Que dire au final de ce cher président Thiriez, « moustache » comme on le surnomme amicalement dans les virages Français. Ce gentil garçon qui fait la leçon aux vilains supporters alors qu’il vient de mettre aux enchères les droits TV de Ligue 1 et récolter pas moins de 668 millions d’euros. Mr Thiriez qui entretient cet esprit mercantile dégueulasse autour du football avec toutes ses dérives comme les produits type OL shampooing de son pote Aulas, ou le changement de sponsor de l’équipe de France pour pas moins de 42,6 millions d’euros. Ce bon Frédéric qui essaye de comparer la France à l’Angleterre en affirmant que les 3500 interdictions de stade outre manche ont réglé le problème de la violence alors que tous les spécialistes savent que c’est l’augmentation des tarifs qui a simplement vidé les stades des couches populaires et déplacé la violence dans les divisions inférieures [5].
Enfin, « the show must go on »… d’ici quelques jours, le sport mais surtout le fric reprendra ses droits (télé) et on n’oubliera bien vite ces tristes épisodes. On se dira que les Messins de toute façon c’est des Allemands ceux là (ah bon c’est en France ?)…des nazis, et puis les Corses des emmerdeurs…On oubliera…On parlera du SMS pour Cécilia ou du « casse-toi » de Sarko…On punira bien quelques types au hasard, pour faire bonne figure. On laissera aussi tranquille certains groupes, anti-racistes, comme les South Winner de Marseille qui ont déployé récemment une banderole frappée de l’aigle Albanais et du mot « indépendance » [6] ou d’autres qui avaient réalisé un tifo (spectacle) où on pouvait lire « Paris on t’encule » [7] alors qu’on connaît le caractère mafieux et violent de ces groupes (mais eux c’est Marseille vous comprenez). On zappera sur autre chose. Ainsi va la vie dans la fiction politico-médiatique française, quelques rebondissements mais le scénario reste le même du « pain et des jeux » pour la morale républicaine : bosse, consomme et ferme ta gueule.
Pierre GRAILLARD
[1] Le salaire moyen d’un joueur de ligue 1 est estimé à 480 000 euros par an.
[2]Jean Pierre Papin évidemment…
[3] Là je ne peux m’empêcher de penser aux « violences urbaines » où des « jeunes » caillassent pompiers, flic, bus en toute impunité…
[4] http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-34365638@7-40,0.html
[5] lire l’ID magazine n°7 - http://id.novopress.info/archives.htm
[6] http://img301.imageshack.us/img301/9490/indepkosovovi1.jpg
[7] http://commando84.free.fr/photos/2001-2002/Championnat/32-OM-PSG/32-OM-PSG%2002.jpg
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