Se canto, que canto
Mercredi 10.09.2008 - Par Philippe VARDON« Une de plus belles façons d’affirmer son identité reste d’entonner une chanson, d’entendre les voix se mêler et s’unir dans un même élan. […] Les chants lient entre eux ceux qui les chantent et avivent la mémoire des ancêtres. Le chant est un lien communautaire. Alors qu’il s’agisse de conter les hauts faits des guerriers ou les amourettes de Jeannette, la terre des nobles aïeux ou la dive bouteille, les comptines enfantines ou l’or de l’aurore répondant à l’or du couchant, il faut sans relâche et avec fierté : CHANTER ! »
Texte d’introduction du carnet de chant des camps d’été identitaires
Dans une société aussi individualiste que la nôtre, une société où l’on oublie ses enfants sur des parkings et on laisse mourir ses parents seuls quand il fait trop chaud l’été, une société ou avorter comme euthanasier deviennent des formules de confort, CHANTER c’est RÉSISTER.
Dans une société aussi mercantile que la nôtre, une société ou tout acte (y compris politique) doit être évalué selon sa rentabilité, une société ou tout objet ou tout être ne vaut que par sa valeur commerciale, CHANTER c’est RÉSISTER.
Il n’est pas question ici de chanter pour montrer qu’on a la plus belle voix (une « belle voix » étant désormais évaluée selon des critères staracadémiciens ou nouvellestaristes très stricts) ou parce que l’on veut faire carrière dans cette industrie de la musique. Il s’agit de chanter pour tisser ou renouer les liens, chanter pour se rappeler, chanter pour s’émouvoir. Chanter nos airs traditionnels bien entendu, mais chanter ce qui vous fait plaisir aussi, ou ce qui fait plaisir aux autres. Et si votre grand-mère a envie d’entonner une chansonnette de Claude François ou Charles Aznavour avec vous un soir de Noël, n’ayez pas honte, n’ayez pas peur du ridicule. Le ridicule serait surtout de refuser cette union de vos voix, et l’émotion qui y sera forcément associée.
Le chant c’est la mémoire, la transmission orale la plus directe qu’il soit. Avec ses différents niveaux de lecture bien souvent, et ainsi l’on redécouvre des chants, on les ressent différemment, qu’on les chante enfant, adolescent, ou homme.
Le chant c’est aussi l’union, l’unisson précisément. C’est la découverte que ces airs transcendent bien des clivages, car ils sont l’âme du peuple. Et finalement le vigneron, l’officier, le jeune scout ou le rugbyman partagent une bonne partie de leur répertoire (chacun ayant son domaine de spécialisation).
La semaine dernière encore, invité de l’université d’été de l’Esprit Public à Orange, je me rendais compte lors du banquet que - malgré les divergences qui ont parfois pu apparaître lors des travaux et tables rondes – nos voix s’élevaient sur les mêmes mélodies, que nous avions un patrimoine en commun. Et après tout, loin des grands discours et des belles théories, je ne sais pas si ce ne sont pas ces chants qui représentent le mieux cet esprit public, si ce ne sont pas ces chants qui sont les meilleurs vecteurs de culture et d’enracinement ? Comme si finalement, le monde se séparait désormais entre ceux qui chantent et ceux qui ne chantent plus. Ceux qui se souviennent, et ceux qui se suicident peu à peu.
Alors CHANTEZ ! En famille, lors des repas de travail, au stade, chantez. Et vous serez certainement surpris de voir d’autres reprendre avec vous, formez le chœur.
Et enfin, puisque le groupe de rock emblématique de la génération « antiraciste » des 80 Bérurier Noir demandait lors de ses concerts à son public de former des groupes de rock libres, je vous invite à mon tour à former des chœurs, des chorales d’hommes libres… et debout !



