Cercle Surcouf : Qu’est ce que la métapolitique ? Les origines
Mardi 13/12/2011La synthèse de la conférence du 25 novembre du Cercle Surcouf montre à quel point la métapolitique est au coeur de toute réflexion politique. Métapolitique d'abord !
Source : Jeune Bretagne 12 décembre 2011
Qu’est ce que la métapolitique ? Les origines.
Au départ la métapolitique prend sa source chez deux philosophes allemands du XVIIIème siècle : Christoph Wilhelm Hufeland et August Ludwig Schlözer, dont la pensée est introduite en France par Joseph de Maistre qui l’évoque en ces termes : « J’entends dire que les philosophes allemands ont inventé le mot métapolitique, pour être à celui de politique ce que le mot métaphysique est à celui de physique. Il semble que cette nouvelle expression est fort bien inventée pour exprimer la métaphysique de la politique, car il y en a une, et cette science mérite toute l’attention des observateurs ».
Dans cette acception traditionaliste les développements politiques internationaux sont la traduction d’un plan divin, supra-politique, qu’il s’agit d’interpréter pour en saisir la signification et en prédire le déploiement à venir.
Aujourd’hui le terme métapolitique ne revêt pas du tout le même sens.
Redécouvert par Gramsci, un écrivain et théoricien politique italien communiste de la première moitié du XXème siècle qui s’interrogeait sur l’échec du parti communiste en Italie. Il parle de la notion de pouvoir culturel : pour lui, les communistes ont échoué à prendre le pouvoir politique car leur idéologie n’était pas présente à tous les niveaux de la société.
Cette théorie est reprise en France par Alain de Benoist qui la résume comme ceci : tant que l’on ne possède pas le pouvoir culturel on ne peut pas conquérir le pouvoir politique.
Le but de la métapolitique est d’agir sur le long terme, en diffusant des valeurs et des notions dans la société civile, et surtout en excluant toute connotation, étiquette et visée politiciennes. Elle a pour but non de prendre le pouvoir, mais de préparer la prise de pouvoir en diffusant une idéologie par tous les canaux possibles (associations, éducation, médias…)
Des traductions concrètes de la métapolitique :
La métapolitique n’est pas garante du succès politique : bien que le parti communiste soit présent massivement dans l’art, les médias, l’enseignement de l’Italie d’après guerre, la chute de l’URSS a porté un coup fatal à ses espérances de prise de pouvoir.
Pour qu’il y ait succès, il faut la rencontre entre la métapolitique et une période historique.
Cependant un succès politique durable ne peut exister que suite à des stratégies de métapolitique, et particulièrement dans les sociétés à hautes formations culturelles.
Voici quelques exemples :
La Révolution Française de 1789 est un exemple retentissant de succès métapolitique. Sans l’idéologie des Lumières qui l’a précédée, cette révolution serait probablement restée une jacquerie parmi d’autres. Bien que les philosophes des Lumières ne s’attendissent sûrement pas à un tel résultat, c’est grâce à leur pensée que ce bouleversement a pu avoir lieu.
La stratégie de la gauche et de l’extrême gauche trotskiste française après guerre constitue également un bon exemple de métapolitique qui a fonctionné : en 1945 la gauche, et notamment les communistes, investissent massivement l’éducation. De cette sur-représentation ont abouti les événements de mai 1968 ainsi que l’élection de François Mitterand en 1981. Autre succès de cette stratégie : l’assimilation systématique de tout opposant, en particulier de tout conservatisme ou nationalisme, à un fasciste. Inutile de préciser que nous en faisons particulièrement les frais aujourd’hui.
Troisième exemple : celui de ceux que l’on appelle aujourd’hui les néos-libéraux. S’élevant en réaction au keynésianisme et au New Deal de Roosevelt, de nombreux think-tanks furent créés afin de faire valoir une autre vision économique à partir de 1938. Leurs premiers succès datent de 1979 et de 1981 avec les arrivées au pouvoir en Grande Bretagne et aux États-Unis de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan.
Enfin l’exemple du mouvement hindouiste est très riche d’enseignement. Développé dans les années 1920 en réaction à la fois à l’occupant britannique et à l’occidentalisation de l’Inde, mais aussi en opposition avec les musulmans, le mouvement hindouiste est aujourd’hui extrêmement important en Inde. S’est ainsi développé un corpus doctrinal, se basant notamment sur la religion hindoue, qui a pour but d’amener à la création d’une Inde auto-suffisante, auto-centrée, qui refuse la mondialisation et défend sa spécificité (notamment en luttant contre la proéminence de la langue anglaise).
Bien qu’il existe des partis politiques hindous (le BJP notamment), ce mouvement est surtout puissant par les associations qui le composent : des associations diverses qui peuvent être religieuses, d’aide aux démunis aussi bien que des ligues de sports (et notamment d’arts martiaux). Ces associations constituent la base idéologique des partis politiques, si ceux ci s’écartent trop de leurs bases, ils se font rapidement rappeler à l’ordre.
Les idées mènent le monde, particulièrement en Europe où la crédibilité découle de l’organisation des idées et de la rationalité.
Les changements politiques durables ne peuvent exister qu’avec un travail préalable de métapolitique.
Il est possible d’obtenir le succès politique sans métapolitique si les conditions historiques s’y prêtent, mais ce succès ne peut être durable.
Le rôle du politique est de faire face aux défis immédiats et de gérer une situation matérielle, bien souvent en faisant des concessions face à l’idéologie.
Le but de la métapolitique est lui de préparer le terrain afin de permettre dans le futur une prise de pouvoir.
Nous nous devons pour cela d’avoir un discours cohérent, percutant et surtout recevable pour nos concitoyens afin d’éveiller les consciences.
Métapolitique d’abord !

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