Revue de presse

« Il n’y a pas d’accord entre le Front et le Bloc »

« Il n’y a pas d’accord entre le Front et le Bloc »

Mercredi 21/09/2011 - Par Préférence nationale | Julien Licourt et David Doucet

Interrogé par Préférence nationale, Fabrice Robert met fin aux rumeurs qui circulent actuellement dans la presse à propos du Bloc Identitaire, et fait un bilan du mouvement qu'il a créé il y a dix ans

Source Préférence nationale du 21 septembre 2011

« Il n’y a pas d’accord entre le Front et le Bloc »

Créé il y a bientôt 10 ans, le Bloc identitaire (BI) est un phénomène politique singulier. Mouvement associatif puis politique à partir de 2009, cette formation s’est fait connaître par un activisme théâtral combiné à une stratégie métapolitique.


Fabrice Robert, président du Bloc identitaire, le 14 mai à Lyon. DR

Prônant localisme et régionalisme au côté d’un rejet radical de l’islam, elle essaime ses déclinaisons locales à travers la France et tient son heure de gloire le 18 juin 2010, lorsque, après un battage médiatique de plusieurs semaines, elle parvient à organiser, en compagnie de Riposte laïque, son apéro saucisson-pinard.

En 2010, le Bloc identitaire décide de lancer un candidat dans la course à la présidentielle, Arnaud Gouillon. Mais ce dernier jette finalement l’éponge début septembre 2011, au moment même où des rumeurs d’alliance électorale avec le Front national (FN) deviennent de plus en plus persistantes.

Contacté, Fabrice Robert a accepté de revenir sur ces évènements et fait le bilan d’un mouvement atypique au sein de l’extrême droite.

Préférence nationale – La perspective d’une alliance entre le Bloc identitaire et le Front national semble diviser à l’intérieur de votre mouvement. Le vote des militants va-t-il mettre fin aux dissensions?
Fabrice Robert - Il n’y a pas de dissensions mais des options différentes au sein de la direction. En revanche une chose est décidée depuis le début, c’est qu’en dernier ressort, ce seront aux militants de décider du choix à prendre pour 2012. Ils vont être consultés, sous deux mois et pourront donner leur avis.

Philippe Vardon avait-il consulté le bureau exécutif du Bloc avant de se rendre aux journées d’été du FN à Nice ?
En tous cas les dirigeants étaient au courant. Et puis, franchement, c’est un non évènement. Il y a une considération locale dont il faut tenir compte. Estrosi appelle à faire un grand rassemblement à Nice, le jour de la rentrée politique de Marine Le Pen. Qu’est-ce qui interdit à Philippe Vardon en tant que citoyen niçois de se rendre à un meeting politique de Marine Le Pen ? Si demain, il va écouter François Hollande prendre la parole à Nice, parlera-t-on d’un accord entre le Bloc et le PS ?

On a l’impression que la direction du Bloc a appris par voie dans la presse les rencontres entre Philippe Vardon et Laurent Ozon ou Nicolas Bay…
En tous cas, moi je suis au courant. Vous semblez dire qu’à chaque fois, c’est la presse qui apprend aux dirigeants identitaires les rencontres que peut faire Philippe Vardon. C’est totalement faux. Maintenant, je demande à qui profite le crime quand on voit l’article publié par Les Inrocks l’autre jour ? On a l’impression qu’il a deux objectifs. D’un côté, laisser penser que le Front national tente de détruire le Bloc identitaire. L’article parle d’implosion mais si le FN cherchait aujourd’hui à “attaquer” le Bloc, c’est peut-être parce qu’il est une force montante. Donc déjà c’est un peu contradictoire. Deuxièmement, on a l’impression qu’il y a une volonté de déclencher une guerre médiatique entre ces deux mouvements.

Yvan Benedetti, exclu du FN, évoque un protocole d’accord entre le Bloc et le Front. Vous et Marine Le Pen le niez. Comment expliquez-vous la concomitance entre ces déclarations et l’abandon de la candidature d’Arnaud Gouillon à la présidentielle ?
C’était prévu depuis plusieurs semaines. Yvan Benedetti cherche à exister en lançant une rumeur mais je vous dis qu’il n’y a aucun accord entre le Front et le Bloc identitaire. De toute manière, la question est prématurée et ce sont les adhérents qui décideront au final.

Combien de promesses de signatures aviez-vous collectées pour le moment avec Arnaud Gouillon ?
76, soit autant que les militants du NPA, ce qui est pour moi relativement encourageant. Nous arrêtons pour des questions financières mais cette campagne est très positive. Nous nous sommes rendus compte que nos thématiques étaient en phase avec la réalité des élus locaux. Nous avons aussi réussi à créer un petit maillage de maires sympathisants, avec lesquels nous allons développer différents projets. Nous cherchions également à gagner en visibilité médiatique et c’est réussi. A chaque fois qu’Arnaud Gouillon prenait la parole ou tenait une conférence de presse, la presse était présente. Maintenant ce n’est pas parce que nous n’avons plus de candidat que nous n’allons pas jouer de rôle dans cette campagne. Mais cela vous le saurez, je l’espère, dans quelques semaines ou quelques mois.

Un permanent du FN évoque sur Mediapart un accord pour 50 circonscriptions aux législatives, ce qui vous permettrait d’accéder au financement public. Est-ce un objectif que vous vous êtes fixé ?
Nous n’avons pas développé un nouveau mouvement politique en France pour simplement négocier quelques circonscriptions, sinon il faut s’arrêter tout de suite. Maintenant, si nous avons des possibilités ponctuellement et localement, c’est évident que nous saisirons notre chance.

Mais pour le financement, ces 50 circonscriptions, ça peut être un objectif important ? Je parle de viabilité, je ne parle pas de marchandage.
Ça peut être un objectif, oui.

Si tel était le cas, est-ce que les candidats garderaient l’étiquette identitaire ?
Bien sûr. Quelque soit l’accord que nous pourrions conclure localement, nous ne changerons pas un seul atome de l’ADN identitaire.

Marine Le Pen s’est illustrée le jour du vote par le Parlement de l’aide à la Grèce en jetant des billets dans la Seine avec des jeunes du FNJ. Estimez-vous qu’elle s’est inspirée de vos méthodes d’agit-prop ?
Une chose est assez claire: de plus en plus de sociologues et de politologues présentent le Bloc identitaire comme un laboratoire d’idées ou un aiguillon idéologique. C’est vrai que si l’on fait le bilan sur quelques années d’action, que ce soit sur des thématiques aussi variées que la question du halal, du localisme ou du racisme anti-blanc, le Bloc identitaire apparaît comme un éveilleur des peuples. Ce que l’on veut, c’est favoriser une sorte d’identarisation des esprits. Ce qui m’intéresse c’est de voir des hommes ou des femmes politiques reprendre nos thématiques.  Elles permettent de diffuser nos idées auprès d’un public beaucoup plus large. Le politologue Stéphane François disait récemment que le Bloc identitaire était en partie responsable de la droitisation de la société française.
Aujourd’hui nous préférons empêcher la création d’une mosquée que de faire 2% aux élections. Nous sommes des militants du concret.

Certains, au FN, voient dans le Bloc un réservoir de militants et de cadres très bien formés. Êtes-vous en capacité de les retenir face au pouvoir d’attraction électoral que représente le Front ?
Nous sommes un mouvement vraiment différent, on peut même dire que le Bloc et le FN sont deux objets politiques distincts. Si des militants sont chez les Identitaires, c’est parce qu’ils ne sont tout simplement pas au Front national.

Qu’est-ce qui les retient selon vous ?Fabrice Robert
Les idées sur des questions touchant à l’Europe, l’identité ou les régions. Mais aussi la manière de concevoir le combat politique. Nous sommes dans une logique qui refuse le tout électoral, c’est la logique gramsciste: nous pensons qu’il est possible de faire avancer les choses par des voies différentes, que ce soit à travers l’agit-prop, l’happening, le travail associatif. Il faut savoir que 95% des jeunes identitaires n’ont connu que le Bloc, et c’est pour nous une belle victoire d’avoir su créer une véritable communauté militante. Donc, ceux qui ont l’impression qu’il suffirait de débaucher deux ou trois cadres pour détruire le Bloc identitaire se mettent le doigt dans l’ œil.

Carl Lang a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle. Qu’en pensez-vous ?
Tous les mouvements qui gravitent autour de Carl Lang, que ce soit la NDP, et même le Parti de la France, veulent créer une sorte de “FN bis”. Comme j’ai le sentiment que le public préférera toujours l’originale à la copie, cette entreprise est vouée à l’échec. Ces gens sont dans une logique de règlement de comptes avec la famille Le Pen.

Ne reconnaissez-vous pas une proximité idéologique avec la NDP de Robert Spieler ?
Robert Spieler tente de récupérer la thématique identitaire. Je sais qu’il évoque souvent le terme dans ses discours et dans sa communication.

Ça fait quarante ans qu’il est sur ce créneau. Il a été le créateur d’Alsace d’Abord, ce n’est pas un parvenu…
D’accord, mais être identitaire, ce n’est pas simplement le dire dans les discours, c’est aussi une manière d’agir et de concevoir le combat politique. Contrairement à lui, je ne suis pas dans une logique de large union avec toute l’extrême droite. Robert Spieler se déclare fier d’être extrémiste de droite, se déclare fier de pouvoir travailler avec toutes les tendances les plus radicales à l’extrême droite, et même les plus folkloriques, ce n’est pas ma logique. Moi ce que je veux, c’est faire avancer les choses. Je suis dans une politique de séduction. Je n’ai pas envie de jouer le rôle de repoussoir du système. Ces gens sont dans une logique jusqu’au-boutiste, et même parfois complotiste. C’est vraiment l’extrême droite telle que le rêve la presse aujourd’hui. C’est un mouvement de témoignage qui ne peut plus agir sur le réel.

Le Bloc semble d’avantage en réussite sur le terrain métapolitique que politique. Vos idées se sont répandues jusqu’à la Droite populaire. Pourquoi ne pas renoncer pas à vos ambitions politiques pour vous consacrer à la propagation de vos idées ?
C’est la logique du système qui veut que le combat politique se limite au combat électoral. Mais c’est vrai que nous nous sommes plus performants sur l’aspect agit-prop et métapolitique. Nous avons conscience qu’aujourd’hui ce n’est pas sur le terrain électoral que nous faisons les scores les plus importants même si le travail entrepris par Philippe Vardon, avec Nissa Rebella, nous a permis d’obtenir des résultats très satisfaisants.

Considérez-vous que la conquête culturelle doit précéder la conquête politique ?
Le pouvoir se prend par la conquête des esprits. C’est donc le combat culturel avant tout c’est évident.

Philippe Vardon vient de sortir un livre sur la vision identitaire de la société. Comme vous vous définiriez la contre-culture identitaire ?
Nous voulons développer une certaine contre-culture. Cela passe par la création de zones de libération, de zones identitaires. Pourquoi pas développer, par exemple, des maisons de l’identité, dans lesquelles nous pourrions mener des conférences, des formations, des activités sportives, musicales, d’entre-aide scolaire, de soutien social. Ce que l’on veut, c’est utiliser tous les outils possibles et imaginables, que ce soit par le canal associatif ou le canal internet pour distiller les idées identitaires au sein de la société française.

Quel regard porte Alain de Benoist sur votre mouvement ?
Je ne sais pas.

Vous êtes en contact avec lui encore ?
Nous avons déjà échangé à plusieurs reprises, oui bien sûr.

Il y a une inspiration évidente…
C’est vrai que l’on présente souvent le Bloc identitaire comme une continuation du GRECE même si le GRECE actuel n’est pas ce qu’il était il y a vingt ans.

Revendiquez-vous cette filiation ?
La dynamique qui a été mise en place par le GRECE, notamment dans le domaine du combat culturel, est pour nous une source d’influence. Même si cela s’est souvent limité à des discussions dans des salons parisiens alors que nous souhaitons avoir des résultats concrets sur le terrain. On peut donc considérer que le Bloc est une synthèse entre le GRECE et Greenpeace.

Quelles sont vos prochaines actions prévues ?
Je ne peux pas trop vous en dire en raison de l’effet de surprise nécessaire. C’est dans la rue que nous sommes les plus présents et les plus performants, nous allons donc continuer ce type d’actions. Nous voulons multiplier dans les mois à venir les opérations d’envergure comme l’apéro saucisson-pinard, mais sur d’autres thématiques. Sans nous focaliser uniquement sur la thématique de l’islam et de l’immigration, mais aussi, pourquoi pas, sur le localisme, l’écologie, le social.

Comment vous voyez le Bloc identitaire dans 10 ans ?
Très difficile à dire aujourd’hui… L’objectif numéro un, c’est de développer notre communauté militante. Je ne sais pas quel sera le visage des Identitaires dans 10 ans, mais il faudra déjà faire un bilan l’année prochaine pour les 10 premières années du mouvement.

Propos recueillis par Julien Licourt et David Doucet

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