Editoriaux

Les laisserons-nous étouffer la démocratie ?

Les laisserons-nous étouffer la démocratie ?

Mercredi 04/05/2011 - Par Jacques Cordonnier,

Au fait, pourquoi voter ? De faux débats, de vrais leurres

Les élections cantonales de mars 2011 ont consacré la victoire de l'abstention qui a atteint le niveau historique de 55 %. Ces chiffres inquiétants doivent être combinés avec un autre phénomène dont la presse a peu parlé : c'est la forte augmentation des bulletins blancs ou nuls qui ne sont pas comptabilisés dans notre système électoral. En tenant compte des bulletins nuls, le nombre d'électeurs ayant exprimé un choix est encore plus faible.

Au fait, pourquoi voter ?

Quand le peuple se détourne des urnes, c'est la démocratie qui s'en va. Les états-majors de l'UMP, du PS et du FN se sont rejetés la responsabilité de l'abstention et ont invoqué toutes sortes de raisons, les unes plus farfelues que les autres.

La vraie raison de l'abstention est simple et se résume ainsi : l'électeur sent qu'il n'a plus aucune influence sur le cours des choses lorsqu'il glisse son bulletin dans l'urne. Et puisque son vote n'a plus d'utilité, pourquoi donc irait-il voter ?

Au cours des dix dernières années, les gouvernements ont modifié plusieurs fois les modes de scrutin des élections cantonales et régionales, ont supprimé le scrutin proportionnel et ont verrouillé le scrutin uninominal au profit de l'UMP en durcissant les conditions d'accès au second tour. En privant ainsi de nombreux électeurs de toute représentation, le gouvernement court le risque de lasser les électeurs et de les éloigner des bureaux de vote. Même le Royaume Uni a compris qu'il fallait peut-être ouvrir le jeu électoral : dans quelques jours, les Britanniques se prononceront par référendum en vue de modifier leur mode de scrutin des législatives.

De faux débats, de vrais leurres

Pendant plusieurs semaines, la presse nous a assommés avec le fameux débat de l'UMP sur l'islam, devenu au fil des jours un débat sur la laïcité, alors qu'au même moment l'île lointaine de Mayotte, avec sa population noire musulmane sunnite, est devenue le 101ème département français. L'État UMP, avec la complicité du PS, a changé les frontières de la France sans même consulter les Français. Quel déni de démocratie !

L'UMP dépouille les collectivités au profit de l'État

La réforme des collectivités territoriales voulue par Sarkozy, votée le 16 décembre dernier, est un recul majeur de la décentralisation. À partir de 2014, les élus locaux vont être dépossédés d'une grande partie de leurs prérogatives et les collectivités de leurs ressources. La recentralisation et le renforcement des pouvoirs de l'État sont une mauvaise chose pour la démocratie, d'autant plus mauvaise que les parlementaires ont dévoyé leur mandat : au lieu de défendre à l'Assemblée Nationale et au Sénat les intérêts de ceux qui les ont élus, ils sont devenus les représentants de l'État dans leur circonscription et viennent nous transmettre les consignes de la haute fonction publique, quand ce ne sont pas celles des dirigeants du CAC 40.

Les Français ne retrouveront confiance en leurs institutions que si on leur redonne vraiment la parole. Il faut appliquer le scrutin proportionnel aux élections locales et introduire une forte dose de proportionnelle aux élections législatives. Il faut instaurer les référendums d'initiative locale afin que, comme en Suisse, les électeurs puissent décider de ce qui est bon pour eux. C'est à ces conditions seulement que les Français retrouveront la maîtrise de leur destin.

Jacques Cordonnier
Membre du Bureau Exécutif du Bloc Identitaire

 

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