Disparition de Georges Frêche : «Adieu l’artiste !»
Mercredi 27/10/2010 - Par Richard RoudierGeorges Frêche fut mon professeur à la fin des années soixante à la fac de droit ...
Georges Frêche (photo) fut mon professeur à la fin des années soixante à la fac de droit de la rue de l’Université à Montpellier. Je me souviens d’une élection cantonale du côté de Castries où je l’avais houspillé vertement ; ça n’avait pas été triste, car, dans notre Midi, lorsque deux grandes gueules se rencontrent, ça peut s’entendre de la mer jusqu’au Pic Saint-Loup.
Durant la dernière campagne électorale des régionales, nous avions eu quelques échanges, moins sonores, lorsqu’à la suite d’une de ses déclarations (pas du meilleur goût) sur les prisonniers de guerre français (39-45) en Allemagne, quelques « peigne-culs » des ligues de bienséance subventionnées décidèrent de le poursuivre pour apologie de crime de guerre. Bien qu’il fût mon adversaire politique, je lui avais exprimé mon soutien auquel il avait chaleureusement répondu.
Je l’ai toujours regardé avec bonhomie, car il restera pour moi un des deux ou trois hommes politiques de son époque à avoir osé braver les censeurs. Chaque mois, comme dans un almanach, nous avions droit à notre florilège : sur les cons, les sous-hommes, les noirs, les arabes, les blancs, les voilées, les juifs, sans parler des hommes politiques de la région qu’il brocardait sans retenue. On se souviendra du pauvre Jacques Blanc (alors président de région) qu’il n’hésitait pas à expulser de la photo à grands coups de postérieur gargantuesque.
Evidemment, comme tout tribun, il n’était pas à un paradoxe prés : jacobin, il fut le seul à pourfendre les partis français, réussissant à implanter un parti populiste – qu’on n’oserait qualifier de gauche – dans le paysage politique languedocien ; libertaire, il fut celui qui remis en selle le promoteur de la loi Gayssot ; mégalo, il reconnaissait humblement que le Languedoc-Roussillon n’aurait jamais la taille d’une véritable région à l’échelle européenne….
Je lui saurai gré à jamais de la gigantesque rossée qu’il infligea à la gauche et à l’extrême gauche aux dernières élections, chacun des trois partis (PS, Front de Gauche, Verts) ne pouvant dépasser la barre fatidique des 10 % pour avoir des élus au sein de l’assemblée régionale.
Est-il allé rejoindre dans l’au-delà « son » panthéon des grands hommes de bronze qu’il venait de faire ériger dans la zone d’Odysséum ? A leur côté, il pourra contempler la minable effervescence des microscopiques politiciens locaux se bousculant pour lui « rendre un dernier hommage », eux qui l’ont toujours à la fois dénigré et envié.
Je suis sûr qu’il doit se tordre de rage à l’idée qu’un apparatchik de la rue de Solferino vienne un jour se caler dans son fauteuil de président à l’Hôtel de Région. Si, aux dieux ne plaisent, le Parti Socialiste devait tenter, à l’occasion de l’élection du futur nouveau président, une O.P.A sur l’assemblée régionale, les identitaires de la Ligue du Midi seraient en première ligne pour rappeler aux intrus le souvenir de Georges Frêche.
Adieu l’artiste !
Richard Roudier
Président de la Ligue du Midi
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