Richard Roudier : "Les pieds dans la terre"
Jeudi 25.02.2010Un article paru dans L'Independant du 25 février 2010.
Investi au sein de plusieurs associations, le créateur de la Ligue du Midi, Richard Roudier se déclare "identitaire" et surtout "pas raciste". De Béziers où il est né aux Cevennes où il vit aujourd'hui, il a toujours défendu ses idées, quitte même à passer quelques semaines en prison.
Un slogan à faire froid dans le dos : "Maîtres chez nous" ; des thèmes de campagne durs : "Racket fiscal, insécurité galopante et chômage" et une tête de liste... joviale. D'un abord facile et convivial, Richard Roudier qui mène les troupes de la Ligue du Midi aux régionales ne laisse pas transparaître la moindre once d'agressivité dans ses propos lorsqu'il parle de lui ou de son programme. S'il refuse tout net l'étiquette "extrême droite", il n'en cache pas moins ses amitiés avec le Parti populiste suisse qui a demandé la votation sur les minarets.
Ni de droite, ni de gauche donc, Richard Roudier s'est toujours intéressé à la vie politique, "sans en faire vraiment. Je ne me suis présenté que deux fois avant les régionales : au conseil d'amphi quand j'étais étudiant et à la Chambre d'Agriculture du Gard il y a deux ans... Et j'ai toujours été élu". Mais l'an dernier, à 62 ans et constatant "l'état de ruine dans lequel se trouve la France", il franchit le pas et fonde la Ligue du Midi en vue des élections régionales. Pas encore un parti politique, mais bien décidé à lui faire un nom. "Nous sommes des gens ouverts qui vivent dans leur temps" insiste-t-il afin de se démarquer du FN qu'il ne cite jamais. Un sourire accroché aux moustaches, le candidat donne "sa" formule pour qualifier son mouvement : "0 % racistes, 100 % identitaires". Au-delà des questions d'immigration, c'est bien l'identité de la terre que Richard Roudier met toujours en avant. Né après la guerre au sein d'une modeste famille de paysans ouvriers de Béziers, il revendique son enracinement local. "Nous avons 500 ans d'enracinement sur le Biterrois. J'ai toujours eu les pieds dans la terre".
Des siens, "patriotes et non pas "nationalistes","enracinés dans leur terroir", "proches du peuple et laborieux", il garde le souvenir d'un grand-père gazé à Verdun et d'un père "blessé à deux reprises pendant la Deuxième Guerre mondiale".
Producteur de légumes bio et de porcs fermiers
Pour lui, son père rêve d'ascension sociale. "Il voulait que je sois médecin, mais finalement j'ai préféré le droit et je suis ainsi devenu avocat-stagiaire". Un poste qui lui ouvre les portes de l'entreprise de matériel pétrolier Cameron à Béziers où il devient attaché de direction. "J'ai côtoyé de près la condition des employés de l'industrie dans les années 70". Les circonstances de la vie le mènent ensuite à la CCI de Béziers où il s'occupe de formation professionnelle avant de partir pour Montpellier où il crée sa société de communication. Un parcours professionnel sans faille auquel il mettra fin au début des années 90 pour s'installer dans les Cévennes où il est aujourd'hui producteur de légumes bio et de cochon fermiers. Dans sa ferme située au pied du Mont Aigoual, il accueille également des touristes. Un retour aux sources qui le comble. "J'ai toujours été traditionnellement tourné vers la nature". Hyperactif, Richard Roudier milite pour la défense de l'environnement, "on est parvenu à empêcher la construction d'un CET (centre d'enfouissement technique) en pleine nature", pour la langue occitane et la défense des animaux. A la fin des années 90, il se retrouve même en prison après une manifestation viticole qui tourne mal. Mais ne semble rien regretter. "Je considère que j'appartiens à mon pays et qu'il est de mon devoir de me battre pour lui quand il va mal". Dès les années 60, il militait déjà pour l'Algérie Française. "Je ne pouvais pas supporter qu'on ait bradé le Sahara, c'était une ressource inépuisable".
"Du côté des travailleurs"
Quelques années auparavant, il s'était même "colleté" avec un vendeur de l'Humanité Dimanche. "J'ai toujours été du côté du peuple et des travailleurs" martèle-t-il en fustigeant les communistes "apparatchiks, donneurs de leçons". Contre le droit d'ingérence dont il veut pas entendre parler non plus, Richard Roudier souhaite "que chaque peuple puisse s'épanouir dans sa propre culture". Antimondialiste, il croit en une Europe qui "se créerait à partir de mouvements comme les nôtres". Et en attendant bat la campagne pour se faire connaître...
Estelle Devic



