« La relocalisation comme réponse à la mondialisation »
Mardi 23.02.2010Un article paru dans le journal Minute du 24 février 2010
Richard Roudier, tête de liste (Ligue du Midi) en Languedoc-Roussillon
« La relocalisation comme réponse à la mondialisation »
Richard Roudier mène la Ligue du Midi aux élections régionales en Languedoc-Roussillon. Une liste résolument identitaire, c’est-à-dire enracinée, antimondialiste et antijacobine. Et porteuse de propositions concrètes pour revitaliser sa région sans lui faire perdre son âme. Son slogan : « Maîtres chez nous ! »
Minute : Que s’est-il passé, la semaine dernière, lors de la venue de Daniel Cohn-Bendit à Montpellier ?
Richard Roudier : Les régionales en Languedoc-Roussillon tournent autour de l’ingérence des états-majors parisiens : tout le monde connaît la bataille entre Mandroux et Frêche, mais on a vécu la même chose avec Christian Jeanjean, désigné par les militants UMP puis écarté par Paris au profit de Raymond Couderc, et avec le candidat du Modem sacrifié sur l’autel des ambitions nationales de François Bayrou.
Cohn-Bendit, lui, est venu pour expliquer aux Languedociens qu’ils devaient se plier à un accord entre socialistes et écolo-mondialistes. Nous avons décidé de manifester, ce qui a été accepté par la préfecture. Et là, sitôt nos premiers militants arrivés devant l‘Acropole de Montpellier, ils ont été assaillis par une cinquantaine de hooligans gauchistes et résidus du SO des Verts qui les ont violemment frappés, faisant deux blessés graves : l’un à coups de barres de fer et de poinçon, l’autre à coups de tesson de bouteille !
Comme il y avait une caméra de vidéo-surveillance, il y a eu des interpellations le soir même. Nous avons bien sûr porté plainte, mais je m’interroge sur la porosité entre le SO des Verts et ces voyous…
Vous dénoncez l’ingérence parisienne en Languedoc-Roussillon mais vous même, vous êtes un régional de l’étape ?
Il suffit de m’entendre parler ! Je parle un peu « francitan » ! Ici, tout le monde sait que je chante et que je parle en occitan ! Seuls Frêche et moi sommes vraiment du terroir même s’il est un peu hors Languedoc puisqu’il est du Tarn, mais bon, je l’accepte, il a été mon prof à la fac de droit de Montpellier ! Pour ma part, j’ai 500 ans d’enracinement dans la région. Comme on dit : je suis chez moi dans toutes les villes de mon pays.
Quel est le bilan de Georges Frêche ?
Catastrophique. Il se réjouit que la région ait la plus forte progression démographique de France. La belle affaire ! 40 % de la population du Languedoc-Roussillon, soit plus d’un million d’habitants, vit dans l’Hérault et près de 80 % de la population vit sur une zone côtière de 120 km de long sur 30 km de large. C’est Montpellier et le désert languedocien ! En termes de cohésion sociale, c’est une catastrophe. Et comme Montpellier croît de 1 800 habitants tous les mois, sa population sera d’un million d’habitants dans 25 ans. C’est monstrueux !
Ce n’est pas ça, la vie à taille humaine. Ni la vie tout court. Conséquence, entre autres, de cette urbanisation forcée, 475 000 personnes – plus de 20 % de la population de la région – vit sous le seuil de pauvreté. Ce qui n’empêche pas Frêche de dépenser 100 millions d’euros par an pour la communication ! Pour vanter ses mérites ou promouvoir la région à Shanghai ou sur la lune !
Vous constatez un « désert languedocien », mais que pouvez-vous faire ?
Relocaliser l’économie en adoptant des mesures fiscales concrètes – dont je ne suis pas l’inventeur mais que j’ai fait miennes – résumées par la formule : « Produisons régional, consommons local ».
Concrètement, plus le lieu de production se rapproche du lieu de consommation des produits concernés, qu’ils soient agricoles ou manufacturés, moins la taxe sera importante. On peut moduler par exemple la TVA en fonction de l’éloignement : si on consomme un produit venu de la périphérie proche ou du canton, on ne paye pas de TVA du tout ou une TVA à un taux très minoré. Si on consomme à l’intérieur de la région, on aura une TVA inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Et si on consomme un produit qui vient de l’extérieur de l’Europe, on aura une TVA vraiment dissuasive. C’est l’arme de conversion massive pour transformer une société soumise à la mondialisation en société revenant vers ses structures traditionnelles, où l’on fait vivre le producteur local. C’est la relocalisation comme réponse à la mondialisation. On sort de la protestation stérile pour entrer dans l’action positive.
Les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne le permettent pas…
C’est pourquoi il faut sortir de l’OMC et engager un bras de fer avec l’UE, au nom de la préférence communautaire ! Le message peut être entendu, non ? De toute façon, on n’a pas le choix. Si on ne sort pas l’agriculture de l’OMC au nom de l’« exception agriculturelle », la France sera un désert complet dans dix ans. Ensuite il faudra en sortir tous nos produits, sous peine de devenir un pays de marchands de téléphone ou de marchands de kebab.
Et comment résorber le chômage ?
Avec le plan que j’ai baptisé « plan 10 000 ». Il consiste à créer des zones franches en milieu rural (ou pré-urbain) avec des aides à l’installation. 10 000 euros d’aides pour 10 000 entreprises nouvelles, plus une caution bancaire de la région pour chaque création. Cela fait 100 millions d’euros sur quatre ans. Soit, par an, un quart du budget de communication de Frêche ! Voilà comment on peut repeupler et comment on peut résorber le chômage, avec des créations d’emplois directs et d’emplois induits. Ça sera autrement plus efficace que les aides aux multinationales qui sont englouties en pure perte.
Avez-vous une expérience politique, syndicale, associative ?
Je suis un syndicaliste paysan. J’ai été président de la Coordination rurale dans le Gard puis dans l’Hérault, et j’ai été membre de la chambre d’agriculture du Gard. J’ai aussi pas mal d’activités associatives, mais c’est la première fois que je me présente à une élection. Je dois dire que quand je vois l’absence de projet de mes adversaires, je ne trouve pas que ce soit une tare !
Vous savez, j’ai toujours été un pragmatique. Sans prédisposition particulière, j’ai été directeur de la formation professionnelle d’une grande chambre de commerce de la région. Il y avait 2 000 stagiaires. Au bout de deux ans, j’avais l’établissement qui obtenait les meilleurs résultats. C’est le genre d’expérience qui manque aux professionnels de la politique.
Vous allez à ce scrutin pour faire un score ou pour faire connaître et implanter le mouvement identitaire ?
Les deux. J’aimerais bien sûr faire un score mais mon budget est de 50 000 euros, soit 5 % des gros budgets ! Alors je compense en étant présent sur le terrain depuis plusieurs mois dans toute la région, des plus petites communes aux grandes agglomérations, avec le duvet dans la voiture ! J’invite mes adversaires à faire l’expérience d’un campagne avec aussi peu de moyens et je leur donne rendez-vous sur la ligne d’arrivée… s’ils parviennent jusque-là !
Alors oui, je me bats pour peser sur le deuxième tour, mais aussi pour développer le mouvement identitaire. Et de ce côté-là, c’est déjà mission accomplie. Dès le lendemain des élections, nous disposerons d’une force identitaire organisée dans tous les départements du Languedoc-Roussillon. « Maîtres chez nous », ce n’est pas qu’un slogan de campagne. C’est le cri de ralliement de tous ceux qui nous ont rejoints pour les années à venir.
Propos recueillis par Céline Pascot



