L’identité révolutionnaire d’Eric Besson
Lundi 15.02.2010Un article paru le 15 février 2010 dans le journal Les 4 Vérités.
Le 3 novembre dernier, à l’Assemblée nationale, le premier ministre, François Fillon, s’exprimait sur l’identité nationale, une question « aussi vieille que la France elle-même », affirmait-il, en ajoutant : « Cette nation citoyenne, elle accueille et elle a assimilé depuis des siècles des générations d'étrangers. Eh bien, il n'y a rien de choquant à dire ensemble qu'il est normal que ceux-là même qui sont venus dans notre pays s'approprient l'héritage du pays des droits de l'homme. »
Nation citoyenne, pays des droits de l’homme… Tout était dit avant que le débat sur l’identité ne soit engagé. Mais le débat, dans le fond, a-t-il jamais été engagé ? Ce n’est pas l’avis de Bruno Larebière, qui remarque dans Minute du 10 février que « dans toutes les régions de France, chacun a pu constater que ces réunions étaient ou non ouvertes au public selon le bon vouloir des préfets. »
Ainsi, dans l’Hérault, certaines réunions publiques ont été annulées pour éviterque les Identitaires de la Ligue du Midi, a expliqué la presse locale, ne prennent « un malin plaisir », comme ils l’ont fait à Nîmes et à Carcassonne, « à "animer" et "pimenter" les réunions officielles de réflexions peu goûtées par les autorités. »
En somme, le gouvernement veut bien débattre, mais avec ceux qui pensent comme lui…
« La vision bessonienne de l’identité nationale, finalement, ce n’est rien d’autre qu’une conception dite républicaine de la société, déconnectée de toute réalité historique, dégagée de toute filiation autre qu’idéologique, où le mot patrie (le pays des pères) n’a plus sa place et où les ancêtres n’ont droit de cité (républicaine, démocratique et laïque) que si leur nom peut être inscrit au Panthéon des Grands Ancêtres de la République », poursuit l'éditorialiste de Minute.
Bruno Larebière dénonce une « dérive totalitaire qui est en train de se mettre en place petit à petit ». De ce totalitarisme, écrit-il encore, l’école est appelée à devenir « l’un des vecteurs privilégiés », comme dit Eric Besson qui souhaiterait « que dès l’école primaire et tout au long de leur parcours scolaire, les jeunes citoyens puissent être sensibilisés aux valeurs de la République et du civisme. »
« Ce qui est effrayant, s'indigne Bruno Larebière, c’est que ces enfants, nos enfants, soient désormais vus, comme dans n’importe quel régime totalitaire, comme des agents du système politique en place qui seront ensuite chargés d’aller porter la bonne parole auprès de leurs parents ! »
L’histoire bégaie : Saint-Just rêvait déjà d’arracher les enfants à la néfaste influence de leurs parents pour en faire de parfaits petits révolutionnaires…
Le journaliste de Minute exagère-t-il ? Il ne le semble pas, à considérer les explications données par Eric Besson le 8 février à propos de La Marseillaise : selon lui, le souhait concernant le « sang impur » qui devrait abreuver nos sillons ne viserait pas les étrangers – horresco referens – mais les mauvais Français contre-révolutionnaires !
Le « sang impur » était français !
Cette fois, c’est Bernard Anthony, président de Chrétienté Solidarité qui fulmine, dans un communiqué de presse : « "Le sang impur" était donc, selon lui, celui des Français que la Révolution se devait d’exterminer », écrit-il avant de dresser le martyrologe du terrorisme révolutionnaire.
« Sang impur », celui de la famille royale, des prêtres catholiques insermentés, des Français guillotinés sous la Terreur, « dont une immense majorité d’ouvriers et d’artisans attachés à leurs anciennes libertés », des « centaines de milliers de paysans vendéens et de Bretons »exterminés au cours du « premier populicide de l’histoire moderne », des victimes des noyades de Nantes et des colonnes infernales, des femmes et des enfants vendéens jetés dans les fours à pain, des populations des villages basques « suspects de tiédeur républicaine », des catholiques du Vaucluse « mis à mort atrocement », des ouvriers de Lyon massacrés… ?
« Désormais, et tant que l’on n’aura pas remplacé « sang impur » par d’autres paroles, je ne chanterai pas La Marseillaise », conclut Bernard Anthony.
On n’ose imaginer quelles « valeurs citoyennes » seront invités à faire leurs, dans les écoles, les « enfants de la patrie ». Avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy et de François Fillon, Besson marche sur les traces des « Grands Ancêtres ». Il ne fallait pas en attendre davantage de ce transfuge du parti socialiste, devenu ministre de l’« Identité nationale » avec la mission essentielle d’accommoder ladite identité pour la rendre recevable par les populations immigrées.
Reste à savoir pourquoi il croit bon de leur expliquer que le « sang impur » de La Marseillaise ne concerne pas les étrangers. Tout le monde n’est donc pas français ?
Menou Pierre - lundi 15 février 2010



