Revue de presse

COR-Régionales: les mosquées, cibles de l'extrême droite

COR-Régionales: les mosquées, cibles de l'extrême droite

Mercredi 17.02.2010

Un article paru sur Lexpress.fr le 17 février 2010.

STRASBOURG - La future grande mosquée de Strasbourg et la possible reconnaissance officielle de l'islam en Alsace sont l'objet d'une vive campagne de l'extrême droite pour les élections régionales.

Dans cette région au statut spécifique, où n'existe pas de séparation entre les églises et l'Etat, le mouvement Alsace d'abord, issu d'une dissidence du Front national, a lancé une pétition contre la construction de minarets.

Il dit avoir recueilli 4.000 signatures, dans la foulée du référendum suisse ayant décidé l'interdiction des minarets en novembre dernier.

"C'est un taux de retour très élevé", dit Jacques Cordonnier, leader d'Alsace d'abord. Il parle de 200.000 tracts distribués.

"L'islam n'est pas une religion comme les autres", dit-il. Il fait campagne en demandant l'arrêt du financement des mosquées alsaciennes par les fonds publics.

Alsace d'abord et le FN se voient créditer par les sondages d'un score global d'environ 15%, loin des records locaux de l'extrême droite, mais deux fois plus que le score prêté nationalement au FN.

La future grande mosquée de Strasbourg, dessinée par l'architecte italien Paolo Portoghesi, est en cours de construction en bordure du périmètre historique de la ville.

Le maire socialiste Roland Ries a déclaré après le référendum suisse qu'il y accepterait un minaret, pour "assurer la visibilité de l'islam dans la cité".

En janvier, des inscriptions islamophobes ont été peintes sur la façade de son domicile, puis sur celui d'un responsable du projet. Une enquête de police est ouverte.

STATUT "CONCORDATAIRE" POUR L'ISLAM ?

Ces attaques se déroulent dans une région où la population d'origine ou de culture musulmane est estimée à 100.000 personnes pour 1,8 million d'habitants. Est envisagée une avancée historique, avec le statut de religion "concordataire", un chiffon rouge pour l'extrême droite.

Allemandes en 1905, l'Alsace et la Moselle ont échappé à la loi française de 1905 de séparation des églises et de l'Etat et vivent toujours sous le régime du concordat napoléonien, qui liait l'Etat aux cultes catholique, luthérien, réformé et juif.

Leurs ministres sont donc rémunérés par l'Etat et des cours de religion ou de "morale" pour les laïcs sont dispensés dans les écoles.

C'est au titre du concordat que la grande mosquée de Strasbourg peut être subventionnée à hauteur de 26% par les collectivités locales (10% ville de Strasbourg, 8% région, 8% département du Bas-Rhin).

Deux autres projets devraient bénéficier du même type de financement à Colmar et Mulhouse, le conseil régional s'étant engagé à subventionner, non pas toute les mosquées, mais tout "premier lieu de culte" au sein d'une collectivité.

"Nous assistons à l'islamisation de l'Alsace", estime Patrick Binder, président sortant du groupe FN au conseil régional. Il reconnaît toutefois que le thème ne prend pas vraiment, face aux problèmes économiques et au chômage.

Les grands partis UMP et PS et les écologistes, qui pour la première fois vont, selon les sondages, se disputer la victoire finale, ne font pas en effet de ce sujet un thème de campagne et ne sont pas hostiles à un statut concordataire pour l'islam.

"Il faut tendre la main à l'islam", dit la députée UMP du Haut-Rhin, Arlette Grosskot, seconde sur la liste de la majorité présidentielle.

Les représentants des quatre cultes reconnus n'y sont pas défavorables non plus. "Sans hostilité de principe, la question se pose d'abord du côté de l'islam lui-même, qui doit se structurer", estime cependant le grand rabbin de Strasbourg René Gutman.

Un sondage publié en 2005 par Les Dernières nouvelles d'Alsace indiquait que 54% des Alsaciens n'étaient pas hostiles à une extension du statut concordataire à l'islam.

par Gilbert Reilhac

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