Le Bloc identitaire veut s'inscrire dans la durée
Vendredi 29.01.2010Extraits d'un article paru dans Lexpress.fr du 29 janvier 2010.
Entre 200 et 300 militants du Bloc identitaire sont attendus samedi 30 janvier à Donzère (Drôme), dont Eric Besson est le maire. Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite radicale, explique à LEXPRESS.fr comment ce groupuscule tente de passer de l'activisme à l'action politique.
Quelle est la vraie nature du Bloc identitaire ?
(...)
Après une lente maturation, le bloc identitaire se transforme lors de la convention d'Orange (Vaucluse), en octobre 2009. Il devient un véritable parti politique, avec une association de financement, et décide de se présenter aux élections régionales des 14 et 21 mars. Selon ses moyens et ses militants, il apparaît ainsi dans plusieurs régions, notamment sur les listes de la Ligue du midi, dans le Languedoc-Roussillon, et de la Ligue du sud, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, en association avec le maire d'Orange, Jacques Bompard. Ces deux noms étant directement inspirés du mouvement qui leur sert de modèle, la Ligue du nord italienne.
Il quitte l'activisme, mais il reste à la droite de l'extrême droite...
Le Bloc identitaire est plus complexe qu'il n'y paraît. Il est issu de la rencontre de plusieurs courants: régionaliste, national-européen, il y a également des anciens frontistes.
C'est une nébuleuse?
(...) Une nouvelle génération sans passé militant est arrivée. Quant aux militants historiques comme Jacques Cordonnier, Bruno Vandoire, Fabrice Robert et Philippe Vardon, leur volonté d'évoluer est indiscutable. Ils ont envie de construire un mouvement sérieux pesant, au minimum, sur la vie politique locale.
Le Bloc a changé sur deux plans:
-Il ne travaille plus seul. Ainsi, en Paca, la Ligue du sud est menée par Jacques Bompard, qui vient d'annoncer son départ du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers. Dans les Bouches-du-Rhône, cette liste devrait également récupérer d'anciens cadres du FN;
-Il se positionne implicitement dans la future recomposition de l'extrême droite, le jour où Jean-Marie Le Pen passera la main à sa fille, Marine. Ce n'est pas par hasard si la tentative la plus sérieuse a lieu en Paca, où se présente le président du FN. Le Bloc y est certes implanté depuis longtemps, mais il veut également affirmer ses différences avec le parti qui historiquement incarne l'extrême droite.
Quelles relations a-t-il avec Marine Le Pen?
Le Bloc a compris qu'elle prendrait la succession. Cependant, il a du mal à la situer idéologiquement et politiquement. Il laisse la porte ouverte à une alliance, si la ligne de Marine Le Pen s'accorde avec la sienne. Ce qui est loin d'être évident.
Idéologiquement, que défend-il?
-Il prône l'abandon du souverainisme au profit d'une optique européenne, une Europe des "petites patries" ;
-Il considère l'islam comme fondamentalement incompatible avec la civilisation française et européenne. Les Le Pen, eux, ont plusieurs fois affirmé possible l'assimilation des immigrés à la nation française;
-Il a abandonné l'antisémitisme et l'antisionisme;
-Il met l'accent sur le régionalisme. Ligue du sud, Ligue du midi, Alsace d'abord, Jeune Bretagne, la Vague normande... voilà les noms des déclinaisons régionales du Bloc identitaire.
A vous entendre, ils n'ont pas beaucoup de raisons de s'entendre...
Tout dépendra de Marine Le Pen. Sur l'antisémitisme et l'antisionisme, par exemple, elle n'est pas sur la ligne historique du Front. Encore faut-il qu'elle s'en démarque définitivement.
Que peut espérer le Bloc en manifestant à Donzère?
C'est la marque d'une stratégie de communication qui cherche à réduire un déficit d'image par des actions spectaculaires. Depuis la convention d'Orange, cette entreprise obtient d'ailleurs un certain succès. Le Bloc occupe une surface médiatique sans rapport avec le millier de militants que doivent compter, au maximum, toutes ses composantes dans la France entière.



