Revue de presse

La justice ordonne la chute du Mur des expulsés

La justice ordonne la chute du Mur des expulsés

Jeudi 14.01.2010

Un article paru dans le journal L'Humanité du 13 janvier 2010.

Inaugurée en septembre dans les Pyrénées-Atlantiques, la fresque avait été érigée en hommage aux sans-papiers. Trop subversive selon le tribunal, qui a ordonné hier son effacement.

Sur un fond noir, les mots peints en couleurs vives se détachent: «liberté», «égalité», «fraternité», «solidarité». Deux mains s’entrelacent. Voilà le dessin hautement subversif dont la justice a ordonné, hier, l’effacement…

Le Mur des expulsés a été inauguré le 5septembre dans la ville de Billère (Pyrénées-Atlantiques). Le maire socialiste, Jean-Yves Lalanne, avait décidé de peindre, sur un mur municipal, une fresque en hommage aux familles de sans-papiers expulsés du territoire français pour, dit-il, « avertir l’opinion que beaucoup de citoyens sont contre ces expulsions ». Le studio tricolore a été chargé de ces peintures sur un mur voué à être démoli dans quelques années. Une œuvre éphémère donc mais à la portée symbolique importante, puisqu’un commissariat de la police aux frontières est installé sur la commune. Mais l’œuvre n’a pas été du goût de tous. Déjà, pendant l’inauguration, le collectif d’extrême droite Bloc identitaire avait tenté de jouer les trouble-fête.

(...)

Quant au préfet des Pyrénées-Atlantiques, Philippe Rey, lui aussi visiblement rebuté par l’œuvre, il a carrément porté l’affaire devant la justice, considérant que le maire était sorti de son «devoir de neutralité» vis-à-vis de la politique gouvernementale. Le tribunal administratif de Pau lui a donc donné raison hier en prononçant «l’annulation» de la décision du maire de Billère. Le texte du jugement doit être rendu public ultérieurement. Évidemment, Bloc identitaire s’est empressé de crier victoire, s’appropriant la décision de justice. «Cela prouve que nos méthodes sont les bonnes et que nos réseaux sont efficaces, écrivent-ils dans un communiqué. Nous avons agi pour que cet acte d’ethnomasochisme ne passe pas inaperçu. »

Loin de s’avouer vaincu, Jean-Yves Lalanne considère, lui, que l’absence de date butoir dans la décision du tribunal administratif est «une invitation à faire appel», ce que l’élu compte faire. Il s’apprête également à saisir la Cour européenne des droits de l’Homme. « Le préfet essaie de bâillonner les élus de la République, dénonce le maire. Lui a organisé un débat sur l’identité nationale, avec des dérapages racistes qui remettent en question la neutralité de la République. Mais je n’ai pas porté plainte…»

Du côté du Réseau éducation sans frontières, «on attend impatiemment que le préfet passe à l’acte, ironise Jean-Jacques Le Masson. On n’a pas l’intention de passer sous silence cette action de salubrité publique». Le procès en appel décidera si, oui ou non, la justice ordonne d’effacer les mots « liberté », « égalité » et « fraternité ».
 

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