Pas de pitié pour les mamans et les enfants à Bordeaux
Mercredi 14.10.2009Un article paru dans Minute du 14 octobre 2009.
L’affaire Mitterrand est-elle limitée aux frasques sexuelles peu reluisantes d’un seul ministre ou est-elle l’arbre qui cache la forêt ? Une forêt tellement sombre que le pouvoir est prêt à tout pour empêcher l’ouverture de la boîte de pandore ? C’est la question que se sont posés, samedi dernier à Bordeaux, les participants à la manifestation contre la venue de Frédéric Mitterrand.
Il est onze heures lorsque l’auteur de La Mauvaise Vie arrive, accompagné du maire de la ville, Alain Juppé, et d’une cohorte de personnalités officielles, place Raba-Léon, pour inaugurer La Maison aux personnages, œuvre du couple d’artistes ukrainiens Ilya et Emilia Kabakov. Celui qui « condamne le tourisme » sexuel et la « pédophilie » est accueilli par une cinquantaine de manifestants. Des membres, ou sympathisants, du Bloc Identitaire. Parmi eux, il y a des mères de famille venues avec leurs enfants. Parfois de très jeunes enfants. Pour bien montrer ce qui les motive : la famille, les enfants. Les gosses. Certains sont dans leur poussette.
L’un des manifestants commence à interpeller le ministre avec un mégaphone. Immédiatement, les policiers se ruent sur lui pour lui arracher l’arme du délit. La vigueur policière est impressionnante. Le chef de la police lui-même, en grand uniforme, se jette dans la mêlée pour faire taire les insolents. Faut-il qu’il craigne pour sa place ? Sans ménagement aucun pour les mères de famille et leurs enfants, les policiers bousculent les manifestants pour les faire reculer. Leurs cris de protestation ne doivent pas atteindre les oreilles (chastes…) du ministre.
« Mitterrand fout le camp ! », « Mitterrand démission ! » Malgré la charge policière, les cris redoublent. Des policiers arrivent en renfort. Le balai des voitures, sirènes hurlantes, s’intensifie. Le zèle policier saute aux yeux. L’un d’eux, un chef, sort une lacrymogène et arrose les manifestants. Un autre donne un coup de pied dans une poussette où dort un bébé de trois mois. Le rédacteur en chef de « Minute », Bruno Larebière, est extirpé du groupe de manifestants et plaqué au sol avant d’être menotté, embarqué et placé en garde à vue pendant sept heures.
Un autre manifestant, qui tente d’échapper aux violences policières en voulant quitter la manifestation, est pris en chasse par quatre policiers. Après une course poursuite sur trois cents mètres, un membre de la Brigade anti-criminalité (BAC), armé de son flash-ball, lui ordonne de s’arrêter. Interpellé et menotté à son tour, il est également placé en garde à vue jusqu’en début de soirée. Tandis que se déroulent ces interpellations, les manifestants, qui ont été repoussés à deux cents mètres du touriste de Bangkok, se retrouvent encerclés par des policiers plus agressifs que jamais.
Le calme est revenu. Plus aucun cri ne fuse. Plus rien ne viendra troubler la quiétude de Frédéric Mitterrand et de celui qui s’est déclaré « honoré par sa présence », Alain Juppé. Pourtant, les manifestants, qui ne sont plus qu’une vingtaine, ne peuvent pas repartir. Ils vont rester encerclés sur le trottoir pendant une heure par des policiers qui sont maintenant plus nombreux qu’eux. Le temps que Mitterrand termine sa visite et reparte. A midi et quart, ils sont libres. Non sans avoir dû montrer leur carte d’identité.
Un seul est emmené au poste. Il est mineur et n’a pas de pièce d’identité sur lui. Son frère aîné, présent sur les lieux, ne peut rien faire pour lui. Le garçon, encore un gosse, est embarqué. Heureusement, Frédéric Mitterrand est parti dans une autre direction.
Lionel Humbert



