Les minarets en France, des tours rares et silencieuses
Lundi 30.11.2009Un article paru dans Le Point du 30 novembre 2009.
Cinq fois par jour, du haut du minaret, la voix du muezzin retentit. En Turquie, au Maghreb, dans le Golfe persique..., elle sonne comme un appel à la prière pour les musulmans. Mais en France - tout comme dans l'ensemble de l'Europe -, la tour a davantage valeur de symbole. Les minarets restent muets et l'appel à la prière retentit uniquement à l'intérieur de la mosquée. "Le chant du muezzin pour appeler à la prière n'a jamais été une demande des musulmans de France. Le minaret permet d'identifier un lieu de culte, à l'image du clocher pour une église", affirme Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).
En France, une vingtaine de mosquées disposent d'un minaret sur un total de 2.000 lieux de culte. "Il y a de nombreuses réticences du côté des mairies qui jugent que cela modifie trop le paysage. La procédure est longue", rapporte le président du CFCM. Résultat, pour ne pas perdre de temps et lancer la construction au plus vite, les musulmans se rabattent sur d'autres signes extérieurs tout aussi visibles, comme des arcades ou une coupole. Autant d'éléments architecturaux qui aident à obtenir plus rapidement le feu vert de la municipalité. Et pour cause, seule la mairie peut donner le feu vert pour la construction. Comme tout autre bâtiment, ériger un édifice cultuel dépend du plan local d'urbanisme (PLU), propre à chaque commune. "Il existe des contraintes esthétiques et architecturales - notamment sur le plan de la hauteur d'un édifice - propres à chaque quartier", détaille Me Gilles Devers, avocat de la mosquée de Lyon. Cette dernière - inaugurée en 1994 - en a d'ailleurs fait les frais. Haut de 35 mètres dans les plans d'origine, le minaret a dû être ratiboisé de 5,10 mètres pour que le projet de construction soit validé. À Marseille - où la mosquée doit sortir de terre en 2011 - la hauteur du minaret a été fixée à 25 mètres, soit 8 mètres de moins que celui qui orne la grande mosquée de Paris, aujourd'hui le plus haut de France. L'obstacle peut aussi être financier. "Le minaret coûte cher à construire", souligne Mohammed Moussaoui. Ainsi, à Strasbourg, la tour est pour le moment mise de côté, faute de moyens.
Mais même rares et silencieux, les minarets et les mosquées auxquelles ils sont adossés suscitent les critiques. Depuis quelques mois, des militants de collectif "Bloc identitaire" multiplient les initiatives coup de poing. À Bayonne, en novembre dernier, et à Bordeaux, en janvier, des militants ont diffusé, à l'aube, l'appel du muezzin dans les rues pour "préparer les habitants à ce qui les attend" avec l'arrivée d'un lieu de culte. En Suisse, la droite conservatrice a mis en avant les mêmes peurs pour organiser un référendum et interdire la construction de nouveaux minarets , vus comme les symboles de l'islam conquérant.
Par Ségolène Gros de Larquier



