Les minarets, une construction symbolique peu répandue en France
Lundi 30.11.2009Une dépêche parue sur l'agence Reuters le 30 novembre 2009.
Les minarets, une construction symbolique peu répandue en France
par Clément Guillou
PARIS (Reuters) - Le nombre de mosquées dotées de minarets est réduit en France mais ces édifices sont dénoncés par l'extrême droite comme des symboles de "l'islamisation" du pays.
Comme en Suisse, où les citoyens ont repoussé dimanche lors d'une "votation populaire" la construction de nouveaux minarets, on n'en compte qu'une dizaine en France.
D'autres sont en construction ou en projet, à Marseille, Strasbourg, Toulouse, Bayonne ou Poitiers.
La question irrite manifestement l'Institut musulman de la mosquée de Paris. "On n'est pas là pour compter le nombre de minarets en France, soyons sérieux", a dit à Reuters Slimane Nadour, chargé de communication.
La construction d'un minaret dans une mosquée n'est pas une préconisation de l'Islam. "C' est purement architectural", rappelle-t-il.
Le recteur de la Grande mosquée, Dalil Boubakeur, regrette l'image agressive que certains tentent de lui donner.
"Un minaret n'est rien d'autre qu'un bâtiment, une architecture particulière (...), tout comme un clocher ou tel autre attribut d'un temple ou de toute autre construction à caractère religieux", a-t-il dit lundi sur France Info.
"Un minaret n'a absolument aucune connotation, ni politique, ni conquérante, ni quoi que ce soit", a-t-il ajouté.
Sa fonction dans le monde musulman est de servir de point élevé au muezzin, qui appelle à la prière cinq fois par jour.
En France, elle est uniquement un symbole architectural, car l'appel à la prière ne se fait qu'à l'intérieur de la mosquée.
"CARTE D'IDENTITÉ DE LA MOSQUÉE"
Dans les années 1980, la municipalité d'Evry, en banlieue parisienne, avait autorisé l'appel à la prière sans haut-parleur du haut du minaret de la mosquée, la plus grande de France, mais le recteur ne l'avait pas souhaité.
"Il n'y a pas de loi qui interdise l'appel à la prière mais de façon tacite, les musulmans font l'appel à la prière à l'intérieur", a dit à Reuters le recteur de la mosquée d'Evry.
Cependant, pour Khalid Merroun, le minaret est à la mosquée ce que le clocher est à l'église: un symbole nécessaire.
"C'est la carte d'identité de la mosquée, mais la hauteur n'est pas importante. Il faut qu'il ne déforme pas le paysage architectural et s'intègre avec harmonie", a-t-il expliqué.
Les minarets ont des formes variées et sont généralement surmontés du croissant de l'Islam. Celui de la Grande mosquée de Paris, haut de 33 mètres, est le plus élevé du pays mais sa taille reste loin de ceux des mosquées sises dans les grandes villes musulmanes.
Aux yeux de l'extrême droite, le minaret a valeur de symbole de la progression de l'islam en France.
Le Front national s'est félicité du résultat du vote suisse et pour le mouvement politique Bloc identitaire, il s'agit d'un "coup d'arrêt à l'islamisation de l'Europe", résonnant comme "l'espoir du réveil des peuples européens pour la défense de leur civilisation".
S'opposant régulièrement aux projets locaux d'édifications de minarets, le Bloc identitaire entend combattre les "mosquées cathédrales" et assure que, bientôt, les riverains se réveilleront au chant du muezzin.
L'édification d'un minaret est souvent le résultat d'un compromis entre les édiles et les responsables musulmans locaux.
A Orange, le maire Jacques Bompard, ancien du Front national désormais membre du Mouvement pour la France, a accordé à la communauté musulmane un terrain en bordure d'autoroute, avec interdiction de construire un minaret.
A Gennevilliers, la municipalité communiste a demandé que les deux tours ne dépassent pas 15 mètres, hauteur de la mairie.
Le maire socialiste de Strasbourg, Roland Ries, où une mosquée est en construction, a évoqué vendredi la possibilité d'y associer un minaret. Envisagée initialement, la construction de la tour avait été annulée par la maire UMP Fabienne Keller, qui l'avait précédé à l'hôtel de ville.



