Revue de presse

A l'extrême droite aussi, on refuse les "dérives productivistes et mercantiles"

A l'extrême droite aussi, on refuse les "dérives productivistes et mercantiles"

Samedi 14/11/2009

Un article paru dans Le journal Le Monde du 14 novembre 2008.

En janvier 2008, le politologue Paul Ariès, une des principales figures de la décroissance, rejoint par d'autres personnalités de cette mouvance, s'alarmait, dans un "appel", du nouvel appétit manifesté par une frange de l'extrême droite pour les thématiques antiproductivistes.

Un appétit qui se traduit par un activisme sur Internet des militants proches du Bloc identitaire (BI), un mouvement d'extrême droite. Interventions régulières sur le forum decroissance.info, annonces sur Novopress - "agence de presse" du BI - des manifestations organisées sur ce thème, dossiers dans la presse "amie"...

Ainsi, lors de sa Convention qui s'est tenue les 17 et 18 octobre à Orange (Vaucluse), le BI a consacré un débat entier à l'écologie, avec, notamment, comme intervenant Laurent Ozon. Militant écologiste, jadis proche d'Antoine Waechter, M. Ozon anime aujourd'hui La maison commune, une association "localiste et identitaire" pour qui "le culte de l'argent, de l'individualisme et du métissage ne pourra faire office de projet de civilisation pour l'Europe".

En soi, l'affaire n'est pas une nouveauté. Les questions écologiques titillent la droite radicale depuis une quinzaine d'années."Pour les nationalistes, la société moderne dans ses excès techniques, scientifiques, ses dérives productivistes et mercantiles dénature l'homme. L'écologie qu'ils prônent est intégrale. (...) Elle est envisagée comme "un réflexe identitaire provoqué par une volonté de conserver un aspect traditionnel au cadre de vie"", constatait Eric Rossi, lui-même issu de cette mouvance, en 1995, dans La Tentation néo-fasciste (éd. LGDJ, 1998).

Reste que les identitaires en font désormais un axe programmatique important dans leur discours sur le "réenracinement" et "la défense des terroirs". Une conception de l'écologie qui renvoie à un refus de la modernité et de la notion de progrès, faisant ainsi écho à une vision conservatrice, nostalgique d'un ordre naturel.

"REFUS DE LA DÉMESURE"

Penseur de la nouvelle droite, Alain de Benoist écrivait, en 1994 dans sa revue Eléments : "L'écologie signe la fin de l'idéologie du progrès." Elle est "ordonnée au "conservatisme des valeurs", comme à la préservation du milieu naturel". Fin 2008, M. de Benoist consacrait un livre, Demain la décroissance (éd. E/dite, 2007), au sujet. Il expliquait, dans un entretien à Novopress : "La thématique de la décroissance (...) a pour socle le refus de la démesure, le refus d'une évolution qui fait prédominer l'intérêt pour les choses inanimées sur les choses vivantes (...) et qui finit par transformer les êtres humains eux-mêmes en objets. C'est un refus de la marchandisation du monde."

Abel Mestre et Caroline Monnot

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