Le Bloc identitaire veut s'implanter
Mercredi 28.10.2009Un article paru dans Sud-Ouest du 28 octobre 2009.
Cette formation d'extrême droite est apparue il y a quelques mois en Gironde. Ses militants locaux sont peu nombreux, mais déterminés.
Ils se sont fait connaître le 22 janvier dernier, en diffusant bruyamment, à 6 h 30 du matin, à la Benauge, l'appel à la prière d'un muezzin. Il s'agissait de protester contre le projet de mosquée à l'étude sur la rive droite de Bordeaux. Les militants locaux du Bloc identitaire sont, depuis, devenus familiers de ces opérations « coup de poing » : intervention tapageuse, mi-septembre, au Conseil général lors de l'ouverture de la saison de la Turquie, chahut avec mégaphones le 10 octobre contre la venue du ministre Frédéric Mitterrand...
Créé en 2003, le mouvement s'est constitué, il y a dix jours, en parti politique et ambitionne de présenter des candidats aux élections. Ici, en Aquitaine, « la question n'est pas tranchée ; pour l'instant, nous voulons nous structurer et mieux nous implanter », explique Christophe Pacotte, responsable régional de cette formation dont le logo figure un sanglier.
Pas sûr que le Bloc identitaire compte les effectifs suffisants pour aligner les 95 noms nécessaires à la constitution d'une liste : le mouvement revendique, en Gironde, un noyau dur de « 15 membres actifs ». Selon ses membres, « une soixantaine de sympathisants » se sont joints à son opération contre Frédéric Mitterrand - la police en a compté trente.
Grosse activité sur le Net
En Gironde, les principaux animateurs du mouvement sont Thibault du Réau, ex-représentant du Front national dans le Libournais, Christophe Pacotte, Bruno Vendoire, membre de la direction nationale du Bloc, ou Gauthier Le Noac'h, étudiant en droit. Faute de locaux, les « identitaires » ont leurs habitudes au Bistrot des négociants, aux Quinconces, et agissent beaucoup via le Net : Christophe Pacotte et Gauthier Le Noac'h alimentent par exemple le site Novopress, un média créé par Fabrice Robert, président national du Bloc identitaire.
Ces militants tirent profit de leur petit nombre. Leurs actions sont décidées à la dernière minute, et prennent par surprise jusqu'aux autorités. « Nous n'en référons même pas au Bloc à Paris », note Christophe Pacotte, qui réfute, mollement, l'étiquette d'extrême droite. « Nous nous battons pour l'identité, contre l'islamisation et contre la mondialisation. » Voilà qui rappelle le discours du FN, où ont milité plusieurs membres du Bloc identitaire. Ils jugent aujourd'hui le parti lepéniste « trop jacobin ». Et « dépassé ». « Leurs thèmes sont les thèmes pour lesquels nous nous mobilisons depuis 1972 ! rétorque l'élu frontiste Jacques Colombier. Ce n'est pas en brandissant des pancartes qu'on fait une politique... »
L'activisme de ces nouveaux venus à l'extrême droite de l'échiquier politique commence à inquiéter des élus locaux comme la conseillère régionale Naïma Charaï (PS), qui déplore la « virulence » et la « xénophobie » de cette formation. Formation dont l'existence pose à ses yeux « le même problème que celle de la liste de Dieudonné aux européennes ».
Auteur : Julien Rousset



