Les Identitaires se veulent l’avenir du populisme
Samedi 24.10.2009Un article paru dans Minute du 21 octobre 2009.
Des hommes à l’assaut de la citadelle
Les Identitaires se veulent l’avenir du populisme
Réuni en convention le week-end dernier à Orange, le Bloc identitaire s’est mué en parti politique. Pour créer, en France, un courant populiste sur le modèle de la Ligue du Nord en Italie. Résolument débarrassé des références d’« extrême droite ». A suivre dès les prochaines élections régionales.
Qu’il soit possible de rentrer de deux jours à Orange, Vaucluse, les lèvres gercées par le froid, comme si on revenait d’une expédition en montagne, il faut le vivre pour le croire. C’est ce qui est arrivé à plusieurs participants de la Convention identitaire. Des fumeurs qui avaient passé trop de temps dehors et s’étaient exposés au mistral, vent qui, comme chacun le sait, souffle dans le Midi de la France mais a la détestable idée de venir du nord, en rafales, et prend en traître celui qui n’est pas du coin. N’était cette froidure, et la physionomie extérieure d’une laideur repoussante du Palais des Princes, verrue poussée là sur une prise de liberté très étonnante avec le plan d’occupation des sols par la précédente municipalité socialiste, et aussi une population très « diverse », la ville natale de Raimbaud II d’Orange doit être charmante. A voir l’été… Bref.
Le combat électoral annoncé dès 2002
C’est sous l’effigie de Raimbaud II d’Orange, justement, que se sont tenus les débats des 550 militants identitaires. Un homme preux, le comte Raimbaud, héros de la Ire Croisade, qui n’écoutait que sa foi et son courage. Selon les Chroniques franques, il « fut le premier sur le rempart de Saint-Jean d’Acre » pour tenter de reprendre la ville aux mahométans. « Voilà quel est le grand destin des hommes, des vrais, qu’ils soient européens ou qu’ils appartiennent à d’autres peuples, a lancé Fabrice Robert, président du Bloc identitaire, en conclusion de son discours. Vivre pour une citadelle, et qu’au soir de sa vie, la citadelle soit libérée ! »
Fin 2002, alors que le Bloc identitaire n’existait pas encore – il a été créé en 2003 –, ceux qui allaient fonder cette organisation écrivaient : « Même si les élections ne constituent en aucun cas la finalité de notre combat politique, notre vocation est bien de doter les forces identitaires d'un outil de propagande capable de toucher nos compatriotes y compris par la voie électorale. » Après six ans d’actions et de structuration, le Bloc identitaire a estimé que le moment était venu. Il présentera deux listes aux élections régionales de mars prochain : la Ligue du Midi en Languedoc-Roussillon, menée par Richard Roudier, et Alsace d’Abord, tout là-haut où le mistral ne souffle pas, conduite par Jacques Cordonnier. Et il devrait participer à au moins une autre liste : celle lancée par le maire d’Orange Jacques Bompard en Provence-Alpes-Côte d’Azur sous le nom de Ligue du Sud.
Des listes « de division » ? Pour le Bloc identitaire, cette question n’a pas de sens. « De division de quoi ? De qui ? », répond un membre de son bureau exécutif, qui explique : « Pour qu’il y ait division, il faut d’abord qu’il y ait unité de départ. Nous défendons l’identité régionale aussi bien que nationale ; qui d’autre le fait ? Nous voulons relocaliser l’économie dans ses bassins naturels ; qui d’autre le réclame ? Nous inscrivons notre combat dans le cadre de la civilisation européenne ; qui d’autre parle ainsi ? Nous nous opposons au productivisme, au matérialisme, la dimension sociale est indissociable de notre combat ; qui d’autre tient ce discours ? Vous trouverez peut-être des courants qui prônent tel ou tel de ces aspects ; mais aucun ne les réunit. »
Le Bloc identitaire ne passe pas « le vrai test »
Dans une analyse très remarquée, le politologue Jean-Yves Camus parle de « nouvelle extrême droite » . Même si le Bloc identitaire nie s’inscrire de quelque manière que ce soit dans la tradition historique de l’extrême droite, les phrases qu’il a extraites des discours sont fondamentales pour comprendre ce qui s’est passé le week-end dernier à Orange. Celle-ci, de Fabrice Robert, d’abord : « Nous ne sommes pas nationalistes au sens idéologique du terme, le nationalisme a été un drame pour l'Europe », en référence aux guerres qui ont opposé les peuples d’Europe au XXe siècle. Et celle-là, de Richard Roudier, pour qui « le Front national a déshonoré la notion d'identité » (ou, pour ne pas travestir sa pensée, Jean-Marie Le Pen) par ses déclarations relatives à la Deuxième Guerre mondiale que le Bloc identitaire « condamne formellement et absolument ».
C’est cette tonalité qui, depuis plusieurs semaines, vaut d’ailleurs au Bloc identitaire d’être pris pour cible par nombre de personnalités et commentateurs d’extrême droite, le plus explicite ayant été l’éditorialiste de « Rivarol », Jérôme Bourbon , qui, sous l’intertitre « le vrai test », a reproché au Bloc identitaire son « attitude à l’égard du révisionnisme et du lobby juif », ajoutant : « Car il ne suffit pas de combattre l’immigration et l’islamisation de notre pays et de notre continent, il faut aussi en dénoncer les responsables, les promoteurs et les bénéficiaires. » Sous-entendu : dénoncer ledit « lobby juif », ce que le Bloc identitaire ne fait pas. « Ce que nous reproche l'extrême droite, confirme Fabrice Robert, c'est d'avoir rompu avec l’antisémitisme et l’antisionisme. » En étant devenus sionistes ? « Absolument pas. Nous ne sommes ni sionistes ni antisionistes. Notre préoccupation, c’est notre peuple. Et nous ne pensons pas que la question israélo-palestinienne est le nœud causal de nos problèmes. »
A la presse venue nombreuse à cette Convention identitaire, de la Télévision suisse romande à RTL en passant par France Info ou Canal +, la réponse sur le positionnement politique du Bloc identitaire était toujours la même. « Nous sommes populistes. De droite, si vous voulez, mais populistes. » Comme le Vlaams Belang, représenté par Francis Van Den Eynde, député et ancien vice-président du Parlement belge ; et surtout comme la Lega Nord, la Ligue du Nord, la formation populiste italienne associée au gouvernement de Berlusconi et principale référence des Identitaires.
A la tribune, Mario Borghezio, député de la Ligue du Nord au Parlement européen, a lancé une idée : créer une « école européenne des cadres identitaires ». Une idée adoptée tout de suite par Francis Van Den Eynde, qui devait, dès son retour, reprendre contact avec Mario Borghezio pour en étudier les modalités, et par Fabrice Robert, fort de la réaction positive de la salle quand l’idée fut lancée. Car chez les Identitaires, c’est aussi comme cela que cela se passe. Dans « un flux permanent de la base non vers le haut mais vers le centre », explique le président du Bloc identitaire, qui a débuté son discours ainsi : « Il faut bien vous pénétrer de cette idée : il n’existe pas de sauveur suprême ! Je suis le président du Bloc identitaire, cela veut dire que je [le] représente. Mais le mouvement, c’est vous ! »
Décidément, sur tous les plans, cette convention restera un moment unique. Qu’elle marque ou non l’émergence d’un mouvement populiste en France, elle aura été l’occasion de l’affirmation d’une révolution culturelle… à « l’extrême droite ».
Pierre Villedary



